Il y a deux semaines avait lieu la Chartreuse XPlouf, l’occasion pour moi, jeune pioupiou, de découvrir quelques-uns des sites de Chartreuse. L’idée m’est venue de là : rallier tous les sommets du parcours Vert de la XPlouf en y ajoutant la Dent de Crolles. Je cherchais aussi à effectuer la boucle sans voiture. L’itinéraire est donc: Crolles – Dent – Perquelin – Scia – Col du Cucheron – Grand Som – St Hugues – Charman Som – Col de Porte – Chamechaude – Sappey/Le Cube
Pensant avoir inventé quelque chose de génial, je propose la sortie sur le Discord du club, avec les quelques interrogations qui me restaient quant à mon itinéraire. Je découvre alors que ce concept a déjà été bien poncé par le club, quand je tétais encore ma mère. Seulement, il semble bien que mon idée rajoute deux ou trois subtilités : il est dans mon cas question de 5 sommets et d’un départ de Crolles, ce sera donc une pentalogie (et non une tétralogie) augmentée.
La sortie trouve quelques motivés, mais les créneaux météo en semaine éliminent une bonne partie de nos camarades non étudiants, trop occupés à renflouer les caisses de la France. J’hésite entre le jeudi 22 et le lundi 26, puis le créneau du jeudi s’annonce correct, avec de bonnes conditions sur une majorité de décollages. Je devais normalement être accompagné de Dominique sur 3 des 5 sommets, ce qui me rassurait, n’ayant jamais décollé du Grand Som et craignant l’impact de la fatigue et de la solitude sur mes décisions. Finalement, ayant vendu sa voile la veille, il ne peut pas m’accompagner. Je contacte quelques copains pour faire au moins la Dent avec moi, mais l’horaire est un peu ignoble, avec toujours la même contrainte de remboursement de la dette. Ce n’est pas grave, j’y vais quand même, en me promettant que les maîtres mots de la journée seront « renoncement » et « sécurité ».
Voilà les prévisions à 2000 m pour le jeudi 22 avec ICON-CH1 :
Globalement, un flux nord, qui baisse au cours de la journée. Selon mon analyse, je ne peux pas espérer beaucoup mieux : le vent nord un peu marqué au matin me permettra de décoller de la Dent dès que la luminosité sera bonne, et son affaiblissement me permettra probablement de décoller des décos mal orientés en attendant des cycles nuls. J’en discute avec un ami qui connaît bien la Dent à l’aurore et je confirme mon choix.
Jeudi 22, réveil à 4h, je prends le C11 de 4h26 à Chavant avec des travailleurs de ST et Soitec. Départ de l’arrêt de bus Croix des Ayes à 4h51. Le début de la rando se passe bien. J’appréhende un peu le sentier du facteur, avec le gaz qu’il y a sur la fin, et dans le noir, mon cerveau a tendance à s’imaginer les pires scénarios catastrophe, j’envoie donc un lien de suivi à quelques personnes. Cette première montée est efficace mais je ne prends pas beaucoup de plaisir, il fait froid, tout est noir, le dernier sentier à droite du Habert des Ayes, qui monte directement au Pas de l’Œille, est gelé et il y a du vent. Arrivé à la Dent à 7h30, je suis dans les temps et c’est magnifique. Je m’habille vite (j’étais en short et t-shirt) car il y a de la neige et je ne sens plus mes doigts. Quelques photos, j’admire le lever de soleil et je mets la voile en place.
Le vent est parfait, juste ce qu’il faut. Une petite clé me fait recommencer le décollage, la prévol n’est pas évidente avec l’herbe gelée. Vol parfait, je pose en sécurité à Perquelin. La deuxième rando peut commencer.
Les jambes tournent et ça déroule. Par contre, je ne connais toujours pas l’itinéraire le plus efficace et je me retrouve à faire du hors-sentier sur l’itinéraire de ski de rando, je n’apprends décidément pas de mes erreurs de la XPlouf. Arrivé au déco, qui est comme prévu bien cul mais cyclique, je ne m’affole pas, ça devrait décoller. Petite photo, puis je déballe. Il est 9h45, je suis toujours dans les temps (nickel 🙂 ).
Le vol qui suivra me fera bien suer. Dès que je suis en l’air, je me fais un peu dégueuler par le vent. J’ai l’impression que ça va être très juste pour poser au col du Cucheron, donc je repère déjà des petits champs et un parking. Finalement ça passe, mais pas bien haut. Atterrissage en douceur face au sud, sans aucun vent dans les pentes de ski (je n’ai pas compris pourquoi, car on est dans un beau goulet).
Début de la troisième marche, déjà 2600 m dans les jambes. Ça pourrait être la fin d’une bonne journée, mais je n’ai fait que la moitié. Il est question de peut-être retrouver des canards du Duck qui montaient à la même heure environ, finalement je ne les retrouverai jamais, en même temps un canard, ça ne marche pas bien vite.
Grand Som à 12h, toujours dans les temps, ce qui m’étonne, au final, je vais un peu plus vite que prévu sur mes transitions et je garde assez bien mon objectif de 700 m/h. Je ne connais pas le déco, mais heureusement pour moi je vois 3 parapentes décoller, ce qui suffit à m’indiquer son emplacement. En arrivant, je me rends compte que le vent est parfait, nord-est 5 km/h sur la balise du Petit Som. Quelques bonbons qui pik, et je décolle. Déjà 3 vols validés sur 5, je suis trop content.
Atterrissage à Saint-Hugues de toute beauté. Je replie, puis j’appelle Théophile T., qui est en route pour faire la dernière montée de Chamechaude avec moi. Il arrive dans 40 minutes au Col de Porte et moi, j’ai encore 1000 mètres à manger jusqu’au Charmant Som, puis un vol. Mon petit doigt me dit qu’il va arriver avant moi. Brossage de dents, car les caries, c’est pas bien, et il est l’heure de se lancer dans l’avant-dernière marche.
Celle-là, elle est dure, déjà 3600 dans les jambes, mon genou droit tire de plus en plus. Heureusement, il fait toujours beau, et ici je connais l’itinéraire le plus rapide :). Finalement, j’arrive au sommet à 14h38, avec un peu de retard sur le planning, mais je suis large pour le coucher de soleil. Comme prévu, le vent est cul au déco avec ce flux nord. De nouveau, je trouve un bon créneau nul et je décolle devant un petit public ce qui semble être habituel là-haut. Le vol se passe bien, grâce au vent, j’atteins facilement le Col de Porte, avec toute une horde d’enfants pour m’acclamer.
Et voilà, la dernière peut commencer. Théophile a pris un peu d’avance et est déjà 300 m plus haut, je le rejoins et nous finissons ensemble. Trop content de ma journée, mais il reste encore un déco et un vol à gérer.
J’essaie de rester concentré pour ce dernier décollage, avec un vent un peu cul par intermittence. Finalement, j’ai un bon créneau et je m’envole. Je veux passer sur le Grésivaudan, donc je longe Chamechaude vers le nord. Vient le moment de passer la crête, je me rends compte que je ne suis pas large, mais je vois une ouverture entre deux arbres. En manque de lucidité, je ne vois pas directement qu’une autre option, bien plus sécurisée, passait plus loin et un peu plus bas. Je tente très bêtement ma chance dans cette ouverture. Ça passe, mais je m’en veux directement. Derrière, c’était la falaise et 100 m de chute qui m’attendaient si je touchais l’arbre. Bel avertissement. Je profite quand même un peu de ce dernier vol, malgré le goût amer que me laisse cette dernière bête décision. Finalement, je pose en sécurité au Cube et peux aller prendre le C11 direction la maison.
17h, fin de l’aventure. Je suis soulagé et heureux d’être là en bonne santé après cette journée un peu dingue. Au final, à part ce dernier vol, je suis très content de mon analyse et de ma prise de décision tout au long de la journée. Je n’ai pas l’impression de m’être mis en danger et j’ai pris beaucoup de plaisir.
Pour les amoureux des stats: 5400 m de D+, 31 km, 8h40 de marche et 12h de déplacement. 600 g de sucre, de l’eau et c’est tout (d’où le brossage de dent à midi). À refaire, mais accompagné cette fois 🙂

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