La B’Ailedonne X’Plore est une nouvelle compétition de Marche & Vol organisée par le club “LES COCCIN’AILES DU PAYS D’ALLEVARD”. Cette première édition avait pour lieu de départ la station du Collet d’Allevard, et proposait un format “course à points”. Le but de ce type de compétition est de relier en vol ou à pied des balises disséminées dans le massif de Belledonne. Elles sont localisées par des coordonnées GPS. Il existe deux types de balises : les balises aériennes, qu’il suffit de survoler pour valider, et les balises pédestres, matérialisées par un piquet, une manche à air et un tableau que les participants doivent signer pour valider leur passage. Aucun ordre de parcours n’est imposé, chacun est libre de son itinéraire. En fonction de leur difficulté à être rejointes, les balises attribuent un certain nombre de points (50 pour les plus proches et “faciles” jusqu’à 100 pour les plus éloignées).

Les balises de la compétition

Le rendez-vous était donné à la trentaine de participants le vendredi soir à la salle du Collet d’Allevard. L’organisation nous fait briefing avec la présentation des balises, le rappels des points de sécurité et des règles de course, etc. Puis la restauration est assurée par les bénévoles à l’aide de deux fours à bois pour les tartes flambées, qui seront accompagnées des excellentes bières de la brasserie locale des Funambules ! Première édition peut-être, mais l’essentiel est bien là !

Les discussions vont bon train toute la soirée entre les participants pour discuter des stratégies envisagées pour le lendemain. La météo annonce un vent de SO parfois soutenu et des risques d’orages marqués pour la deuxième moitié d’après-midi.

Samedi 3 septembre : Vers le nord, du Collet à Chamoux et retour

Le départ est donné à 9h15. Comme une majorité de participants, je monte d’abord au sommet de la station, aux Plagnes, où se trouve une première balise. Bonne ambiance lors de la marche, ça papote un peu partout et je rencontre les pilotes que je croiserai régulièrement ce weekend.

Au sommet, le vent alimente le décollage depuis les versant nord, nous contraignant à décoller au dessus de pentes très abruptes. Le départ est donné par Jean, un belge, inscrit en dernière minute. Il est suivi de près par Loïs avec sa Volt 4 bleu électrique que j’avais déjà croisé à la Trotte & Vol . Je les suis dans l’appui thermodynamique naissant de ces faces NE. Après quelques minutes de soaring, on se rend à l’évidence qu’on ne gagnera pas beaucoup plus d’altitude avant de partir en transition. Je pars vers Val Pelouse pour tenter de me poser au pied des anciennes pistes de cette station abandonnée. Je dois viser une trouée dans les arbres qui donne sur la route pour me poser. Si je loupais cette atterrissage je me retrouvais obligé de descendre poser beaucoup plus bas dans la vallée.

Entre le décollage et cet atterrissage, l’engagement et la technicité sont déjà à un bon niveau. Ouf.

Je remonte vers le sommet de la Grande Montagne d’Arvillard ou se trouve la deuxième balise du jours. Je recroise d’autres pilotes qui on réussit aussi à se poser dans le secteur. Loïs est déjà prêt à décoller lorsque j’arrive au sommet. Il s’envole face au vent qui est de SO, et il bascule directement dans le col, sous le vent pour faire une “fléchette” et se poser prêt du refuge des Plattières. D’autres pilotes arrivent au sommet. Certains arriveront à remonter sous les Grands Moulins en soaring pour basculer sous le vent également mais avec plus de hauteur ils parviendront à se poser encore plus près du col de la Perche. Le but de tout le monde dans le secteur est de rejoindre la balise suivante qui se situe au sommet du Grand Chat.

Loïs au décollage de la Grande Montagne d’Arvillard – Le sommet des Grands Moulins nous domine.

Je fais une erreur de placement et tente d’utiliser l’appui dynamique du vent sur la montagne pour remonter un peu, mais en vain, et je perd de l’altitude pour rien. Je pose dans la pente au milieu des arbustes et des myrtilliers. Un autre pilote, Robin, a fait de même quelques instants plus tôt. S’ensuit un démêlage long et laborieux de la voile. Le pliage est effectué à même les branches, tant bien que mal.

Après une bonne heure de galère je rejoins enfin le col de la Perche. Avec Robin, nous continuons vers le Grand Chat à pied. Une fois là-haut, une grosse prévol est nécessaire pour s’assurer qu’aucune branche ou aucun nœud de subsiste dans nos suspentes après notre dernier “myrtillage”.

Sébastien, futur vainqueur de la compétition, en soaring au Grand Chat

Petit soaring plaisir avant de filer vers la balise “pédestre”, du village du Pontet qui nous contraint de poser au fond de la vallée des Huiles. On signe le tableau, on plie les voiles et on repart à pied en direction du décollage de Champ-Laurent. Une dernière balise nous intéresse dans le secteur, elle est à l’atterrissage de Chamoux, et est également une balise pédestre qui nous impose de nous poser là-bas.

Descente “ludique” vers l’atterrissage de Chamoux

Après ces deux vols “express”, il est temps de prendre la direction du retour vers le Collet d’Allevard. L’organisation propose un bonus de points pour ceux qui viendront passer la soirée au PC course pour profiter de l’ambiance conviviale et surtout de la Tartiflette ! Horaire limite du retour : 21h. Il est 15h, nous avons 6 heure pour rentrer et tenter au passage un crochet vers les Tours de Montmayeur où se trouve la dernière balise atteignable de ce jours.

Le plat, c’est long, et c’est pas ma tasse de thé. Entre marche rapide et petite course, je ne sais pas trop quoi privilégier. Depuis les tours de Montmayeur, un vol est négociable en décollant entre les arbres d’une clairière. Ca permet de s’éviter l’effort de la redescente à pied. Posé vers 17h30 à la Rochette, il ne faut plus traîner pour remonter au Collet car 1100 m de dénivelés positifs m’en sépare.

La vallée de la Rochette est … plate.

La journée tire déjà bien dans les pattes. La pénombre arrive lorsque je décide de prendre un “raccourci” à travers bois qui me coutera cher car le chemin suivit disparait et je suis incapable de récupérer une sente fréquentable. Je perds beaucoup de temps a essayer de trouver un passage à la lueur de ma frontale. Finalement, je bourrine “Dré dans le pentu” pour rejoindre la route au dessus de moi pour finir au pas de course à 20h59 à la Salle du PC course. C’était moins une ! Littéralement.

Ma trace du premier jour : CFDMV. 3300 mètres de dénivelé pour cette première journée, ça tire dans les jambes et dans les épaules.

Bière, Tartiflette, et récits des journées et des aventures de chacun. Les discussions sur les différentes stratégies du lendemain sont animées. La journée est annoncée bien meilleure au niveau météo. Moins de vent et des plafonds très intéressants.

Jean, le pilote Belge propose un plan ambitieux. Il souhaite tenter de raccrocher les faces Est de la Chartreuse pour cheminer vers la Dent de Crolles d’où il est possible de retraverser la vallée vers Belledonne pour continuer de là vers les balises éloignées de Chamrousse et revenir ensuite par les faces Ouest du massif jusqu’au Collet. Son compatriote, Bruno est super motivé pour ce plan fou. Et comme ils sont sympas et que j’aimerais bien découvrir cette transition, je me joins à leur duo pour former un groupe d’optimistes qui pensent faire le “magic moove” de la course demain !

Dimanche 4 septembre : le tour du Grésivaudan … ou pas

Le matin, les premiers démarrent dès 7h du matin, ils font une fléchette vers le sud depuis la station du collet et pose vers le village de Pinsot.

De nôtre côté, le démarrage est plus … progressif. A 9h nous prenons tranquillement la direction du sommet des Plagnes. C’était encore tôt puisqu’on profite d’un peu de “parawaiting” au sommet. Jean décolle vers 11h30 et nous le suivons dans le premier thermique qui nous permet de rejoindre, en vol, la balise de la butte de Brame Farine en passant valider par le même coup la balise du lac de St-Pierre d’Allevard. Nous devons trouver un thermique pour nous remonter au dessus de la butte à 1400 m d’altitude, minimum, pour pouvoir tenter la transition vers les faces Est de la Chartreuse.

L’instabilité n’est pas très franche et les thermiques, péteux, s’épuisent avant de nous monter à l’altitude désirée. On dépasse difficilement le sommet de la colline et à chaque fois nous reperdons toute l’altitude gagnée entre deux cycles. Nous travaillons en groupe, chacun cherchant la bonne pompe avec toujours un œil sur les deux autres pour les suivre si l’option est meilleur dans leur sillage.

Le combat est long et ma patience est mise à rude épreuve. L’heure tourne et notre plan semble de moins en moins réalisable. Jean parvient à rejoindre la base des timides nuages qui se forment vers 1550m d’altitude. Avec Bruno, on tente de le rejoindre, un petit thermique pêchu semble pouvoir nous y emmener mais nous nous laissons attirer par un petit bourgeonnement de cum à une centaine de mètre qui nous précipite 100 m plus bas le long des pentes boisées de la montagnette.

Je jette l’éponge, on est trop tard sur l’horaire pour continuer le plan initial. En face, en Chartreuse, les plafonds annoncés à presque 3000 ne semblent pas confirmés par les observations et les parapentes visibles vers St-Hilaire dépassent à peine le plateau à 13h. Je me jette vers le St-Genis en espérant trouver éventuellement un appui dans la brise qui me permette de remonter vers le col du Barioz.

Rien n’y fait, pas d’appui dynamique. Je vache dans le champ le plus près. L’aile pliée, je remonte la route vers le col. J’emprunte ensuite des sentes qui me permettent de rejoindre la clairière du châlet de Pierre Roubet à 1600 mètre. Il est déjà 16h. La course ferme à 17h. Il faut être dans un rayon de 5 km de la station du Collet pour ne pas avoir de pénalités sur le score.

Je décide de décoller depuis la clairière et tenter de rejoindre la balise “pédestre” du Grand Rocher en vol. Je trouves les thermiques qui me remontent jusqu’au sommet des crêtes. Je suis juste devant la balise, je n’ai plus qu’à poser à proximité, signer le panneau et prendre une selfie avec le panneau en plus pour preuve.

J’ai envie de voler, si je me pose ici, je n’aurais plus que le choix que de redécoller pour rentrer en volant vers Allevard. Je n’ai volé que 15 minutes cet après-midi, il reste peu de temps pour la course mais encore du temps pour voler. Tant pis pour les points des balises, je pars vers la station des 7 Laux d’où je vois revenir d’autres participants. Surement les nouveaux leaders qui se tirent la bourre pour rentrer à temps avant l’heure fatidique.

Je travail tous les thermiques que je trouve en chemin en me donnant le défi de réussir à rejoindre le sommet de la station de ski, le dôme des Oudis. De gros cum mettent les pentes de Belledonne à l’ombre. Malgré mes efforts, je n’arrive pas à rejoindre le dôme. Je reste un peu dans le secteur avant de prendre la direction du retour. Il est 17h.

Retour à Allevard

Je pose après un long glide au plan d’eau de St-Pierre-d’Allevard. Je remonte en stop au PC course pour boire une deux bières des Funambules et partager les aventures de la journée avec les autres pilotes.

La trace du deuxième jour : CFDMV. 1600 m de dénivelé. Peu de balises mais beaucoup de plaisirs en vol. Une fatigue un peu trop forte pour garder un esprit combatif. La gestion de l’effort sur la durée du weekend n’était pas géniale de mon côté.

Après mon départ de Brame Farine, Bruno a désespérément essayé de trouver un thermique pour remonter assez haut pour tenter la transition. En vain, il pose au lac d’Allevard pour terminer sa journée. Jean a pu transiter sur la Chartreuse. Il progresse efficacement vers la Dent de Crolles, mais les plafonds ne sont pas assez haut pour lui permettre de transiter sur Belledonne facilement. Il pose sous la station des 7 Laux et remonte à pied pour redécoller et rentrer en vol à Allevard malgré tout ! Impressionnant, très beau vol.

Le podium est annoncé et les récompenses distribuées. Le gagnant a réalisé un vol incroyable, il a relié quasiment toutes les balises au Sud en décollant de la Jasse et en s’engageant dans les faces Est du massif, au dessus de l’Oisans.

Tout les participants repartent avec une manche à aire confectionnée par une des bénévoles de l’évènement. Joli boulot !

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