Dès le 18 janvier dernier, j’invitais les membres du club à participer à la Trotte & Vol, compétition amicale de “marche et vol” organisée par le club des Z’éléphants Volants. 

Le format de type “marche et vol” invite les participants à relier 32 balises dispersées à travers le massif des Bauges dans l’ordre qu’ils souhaitent. C’est une course aux points, sans parcours ni ordre définis, chacun sa stratégie et son itinéraire. Le seul critère est que l’ensemble doit être effectué en marchant ou en volant uniquement. 

Les balises de la course

Nous serons dix membres du CHVD à nous rendre le vendredi 15 Juillet au camp de base situé à Aillons le Jeune pour prendre part à cet événement. Sept membres inscrits officiellement et trois présents pour les accompagner et profiter du massif et d’une fraîcheur relative procurée par l’altitude. 

Nos stratégies pour le lendemain sont établies avec les derniers bulletins météo et quelques bonnes bouteilles de bières ouvertes.

La diététique de veille de course : pattes carbo !

Le samedi, du vent de Nord relativement soutenu est annoncé, une instabilité correcte et des plafonds autour de 2000 m maximum. Ça devrait voler, mais ces éléments nous poussent à choisir une option sur les versants E des Bauges en montant décoller depuis le Mont Pelat / Mont Morbier ce qui nous place idéalement au-dessus du site de Montlambert.

Jour 1 – Samedi 16 Juillet 2022

Le samedi matin, après l’enregistrement des concurrents, le café et le petit déj proposés par l’organisation, le départ est donné à 9h30. 

Sans surprises, beaucoup d’autres pilotes prennent l’option de monter au Mont Pelat, c’est donc le “mass start”, à fond pour certains plus tranquillement pour d’autres, pour gravir les 580 mètres de dénivelé jusqu’au décollage. 

Théophile fait preuve de stratégie et fait une belle démonstration de ses capacités athlétiques en prenant un itinéraire solitaire qui lui permet de valider une première balise et d’arriver en même temps que tout le monde au sommet où il valide donc une deuxième balise. A ce stade de la course, il est donc leader ! Restons calmes, le week-end ne fait que commencer. 

Les premiers décollent à 11h et foncent vers Montlambert où se situent deux balises : une au sommet du mont Charvay et l’autre à l’atterrissage. Il faut savoir que les balises ont un rayon de 500m. Pour être validées, elles doivent être traversées à pied ou en vol. 

Les premiers décollent du Mont Pelat

José et Laurent leur emboîtent le bord de fuite et je décolle à mon tour. On se retrouve tous à batailler pour s’extraire sous le mont Charvay. J’y croise même Jean-Pierre qui a décollé de Montlambert avec sa belle BGD Base 2 flambante ! On enroule quelques tours ensemble, mais c’est compliqué de s’extraire au-dessus du relief. 

Une fois les balises validées dans ce secteur, le but est d’évoluer vers les prochaines balises situées sur les faces E, c’est-à-dire le secteur de la Dent d’Arclusaz. On avance lentement et difficilement, le nord annoncé est déjà bien présent, les thermiques sont aussi couchés et s’éloignent du relief, ce n’est pas facile de garder la “bulle” … Tout le monde redoute de se vacher en vallée en se faisant enterrer dans la stabilité des basses couches. 

Laurent prend l’option de poser vers le Col du Frêne afin de remonter à pied à l’Arclusaz et d’en redécoller quand les faces Ouest se seront allumées en début d’après-midi. Théophile le rejoint et ils valident à pied 2 balises supplémentaires. Avec 850 m de dénivelé supplémentaire, le cumul de d+ est déjà conséquent : 1430m à la mi-journée.

Laurent au dessus de l’Arclusaz

Baptiste et moi, nous retrouvons en vol sous la dent et poursuivons en direction d’Albertville le long des falaises. Les conditions sont encore plus turbulentes ici, il faut piloter constamment, pas une seconde de répit, il faut rester très concentré. 

Arrivé au niveau de Roche Torse, je subis une énorme fermeture asymétrique de l’aile, la bascule en arrière est forte et l’abattée consécutive très vive. Je respire et me concentre à nouveau sur la poursuite du vol, j’ai bien réagi en laissant ma voile revoler (“bras haut !”) et en la temporisant au moment adéquat, j’ai géré le cap suite à ça, car il restait une cravate que j’ai immédiatement libérée avec une pompe de la commande de frein. 

C’est mon plus gros incident de vol à ce jour. Bilan : le SIV ce n’est pas que pour le fun et pour faire de l’acro, pas du tout, ça sert à développer des réflexes et des automatismes qui peuvent permettre de ne pas transformer un incident en accident, je l’ai ressenti lors de cet événement.

Batiste et moi continuons jusqu’à la balise du Chalet d’Orisan. Demi-tour pour revenir vers l’Arclusaz. Au col du Potat, c’est la dégringolade sous le vent de la vallée d’Ecole en Bauges qui nous écrase. On force le passage tant bien que mal. De là, nos chemins se séparent. Baptiste continue vers l’ouest et vers le Colombier tandis que je rentre dans le massif vers la Croix d’Allant. J’y survole des participants identifiables à leurs t-shirts orange, salutations de loin et j’enchaîne vers la Dent de Pleuven, accompagné par deux autres pilotes. L’un se fait tout de suite enterrer et pose à la Compôte. L’autre est plus haut, il fait le plein et tente de continuer vers la balise de la Dent des Portes au nord, il se fait trop contrer et doit faire demi-tour. En voyant ça, je choisis l’option de passer par le Mont Julioz où se situe aussi une balise. En arrivant à proximité du sommet, je repère Jules qui n’a pas fait demi-tour au Chalet d’Orisan comme moi et Baptiste, mais a fait le tour en passant par la Sambuy. Il arrive de la Dent des Portes et du Charbon plus au Nord. Joli vol !
Ça m’encourage à poursuivre vers le nord pour ajouter ces 2 autres balises à ma collection. 

Afin de terminer la journée et de récupérer tous les participants au camp de base le soir, l’organisation de la course donne 400 points pour les pilotes rentrés au goal avant 20h.
Une balise vaut 100 points, c’est très incitatif ! 

Je prends donc le chemin du retour en passant au-dessus du Colombier ou je survole Lucas qui est remonté à son sommet à pied depuis les Chalets de la Fullie. Pour lui aussi le dénivelé commence à être important : 1210 mètres. 

Nous papotons tous les 2 en radio et je continue mon vol avec des plafonds qui sont à présent plus élevés et qui me permettent de valider toutes les balises autour du Colombier et de poursuivre jusqu’à la Galoppaz avant de rentrer me poser à Aillons après 6h30 de vol.

En arrivant à la Galoppaz. Grenoble c’est là-bas !

Je plie mon aile et retourne pointer au camp de base. Je me rends alors compte que j’ai oublié de valider la balise juste au-dessus de Aillons le Jeunes, le Rocher de la Badaz. Je n’ai plus que 1h20 avant la clôture de la course, mais je tente d’y monter à pied en courant. 

Je prends mon matériel avec moi pour monter fissa les 530 m de dénivelé qui me séparent de la balise du Rocher de la Badaz. Je boucle “just in time” à 19h59 et quelques secondes ! Laurent en termine aussi, 30 secondes devant moi. Il est rentré à pied depuis la Compôte ou il a été contraint de vacher. Au passage, il a validé deux balises supplémentaires à pied et fait 2100 mètres de d+ au total dans la journée.  

Théophile a aussi bien volé avec sa voile EN-A, une Nova Prion. Il s’est accroché et a su s’arrêter et aller se poser lorsque les conditions lui ont semblé trop fortes et au-dessus de ses capacités de pilotage. Il a également bien crapahuté, 2000 m de d+. Une broutille pour lui : il a tout fait en courant ! 

Amaury collectionne 9 balises et 1600 mètres de dénivelé sur un tour de 30 km avec une proportion de marche un peu trop importante à son goût. 

Lucas n’a pas eu la chance de redécoller du Mont Colombier, les conditions étaient trop fortes pour un décollage en sécurité. Il redescend à pied. Il en a plein les pattes lui aussi.

Baptiste qui avait choisi l’option Colombier depuis l’Arclusaz a réussi à relier 11 balises sans poser de la journée, un vol de 4h30 à travers le massif.

Jules valide 14 balises ce premier jour, il négocie notamment un atterrissage technique sous l’Arclusaz pour valider la balise au sommet à pied ! Il redécolle ensuite pour boucler 53 km de marche et vol en passant par la Sambuis.

José, qui vole ce weekend avec nous mais hors compétition a aussi validé beaucoup de balises. Il serait très bien placé au classement !

Heureusement, tout n’est pas que dépassement de soi et efforts titanesque X-alp-esque à la Trotte & Vol. La convivialité est bien présente avec tous les pilotes qui sont rentrés au goal à Aillons, nous nous racontons nos aventures autour de bières servies par le club local des Volants Bauges. La croziflette, avec du rab comme à la cantine, rassasiera tous les estomacs affamés des parapentistes et de leurs familles et amis les accompagnants. On établit nos stratégies pour le lendemain en regardant les modèles météo et les balises qu’il nous reste chacun à relier.

L’organisation propose aux personnes extérieures à la compétition de se joindre aux festivités avec un tarif “accompagnant” pour profiter du repas et des bières avec tout le monde ce samedi soir. José, Louis et Emilie sont dans ce cas, ils profitent de l’organisation sans être participants et font ce qu’ils veulent de leur journée : voler, randonner, pédaler,… 

Les choses sont bien faites, c’est l’anniversaire de Laurent ! Soufflage de 5 bougies sur une tarte aux pommes dégotée par les frères Marchand ! Beau geste ! 

Un dernier Ricard pour arroser le passage à l’âge de la sagesse de Laurent et on file se coucher !

Les traces du samedi des pilotes du club assemblées dans un seul replay c’est ICI

Jour 2 – Dimanche 17 Juillet 2022

Réveil un peu avant 7h.Théophile, avec un groupe d’autres participants part dejà en direction du Margériaz pour en décoller. Lucas et moi faisons équipe pour les suivre, mais avec un départ un peu plus tardif, après le café et les croissants. 

En arrivant près du sommet, nous les voyons décoller et filer vers Saint-Jean-d’Arvey. 

Finalement, Théophile a préféré profiter de la vue en nous attendant avant de décoller avec nous pour tenter de rejoindre les faces ouest du massif. Baptiste arrivera un peu plus tard à ce sommet et nous rejoindra plus loin sur le parcours. De leurs côtés, Laurent, Louis et Jules sont montés au Colombier.

Ce premier vol est contemplatif, dans un air très calme par rapport à la veille, on apprécie la lumière rasante de ce début de matinée. 

Après avoir fait un crochet au-dessus du village pour valider la balise, on continue vers l’ouest pour se rapprocher le plus possible de Verel. Le travail d’équipe marche, avec Lucas nous centrons un petit thermique naissant qui nous permet de reprendre du gaz afin de passer la crête de Lovettaz et de se rapprocher de la prochaine balise. Théophile qui arrive plus bas que nous utilise aussi notre thermique salvateur qui lui évite de poser là. Génial, ça fonctionne pour tous les trois, et on arrive tous à passer dans la combe suivante pour finalement atterrir et nous retrouver pour monter ensemble au décollage du Sire via la Croix du Nivolet.

1000 mètres de dénivelé plus tard nous rejoignons le groupe de pilotes partis ce matin avant nous, qui attendent au décollage que les conditions se mettent en place. D’autres participants nous rejoignent aussi depuis le Margériaz, ils ont atterri sur le plateau des Déserts et rejoint également la Croix du Nivolet, mais à pied par le haut. Chacun son plan de vols et sa stratégie ici, pas de parcours, du marche et vol libre ! 

Laurent, Baptiste et Amaury nous rejoignent également, nous sommes presque tous les pilotes du CHVD réunis. 

La X-alps au déco du Sire nord

Bonne ambiance en attendant le décollage, mais qui sera le fusible ? Sera-t-il choisi au Chifoumi ?
Vers 14h, les conditions semblent se mettre en place et les premiers courageux décollent. Ca tient un peu, puis plus franchement. Allez ! Il faut décoller, car il ne reste que 3h30 avant la fin de la course. Passé cette limite, les points du goal ne peuvent plus être gagnés ! 

Départ sur les faces Ouest des Bauges

Lucas prend les devants en décollant le premier de notre groupe. Je le suis et le rattrape après le Revard, où il essaye de se refaire d’un point bas. Je le dépasse et continue les faces ouest. Je suis de plus en plus seul, deux parapentes au loin vont sur le Semnoz. J’hésite : faire un bon plein d’altitude vers le sommet de Banges et rentrer par le Margériaz en validant une balise afin d’assurer le retour à l’heure OU poursuivre vers le Nord le long des faces ouest pour valider les balises du Semnoz et du Roc des Boeufs … les conditions ne sont pas évidentes, mais jusque-là j’ai plutôt de la chance… Je continue vers le N ! 

Les thermiques s’améliorent petit à petit et lors des transitions, malgré les brises qui me contrent, ma finesse est excellente. La raccroche sous le Semnoz est impressionnante ! Un vrai escalator, +3 m/s en suivant l’épaule jusqu’au sommet, quasi sans faire demi-tour. Je rejoins le sommet, passe la balise et essaye de faire un plein d’altitude avant de transiter sur le Roc des Boeufs. Je n’ai jamais volé ici, je ne sais pas si je vais raccrocher, j’atteins péniblement 1600 AMSL, je pars en faisant confiance à la réputation du Roc de raccrocher très bas. 

Transition sur le Roc des bœufs

Mes inquiétudes sont vite écartées, ça porte tout du long. Je vais faire le détour pour valider la dernière balise de mon parcours au bout du Roc. Il me reste un peu plus d’une heure pour rentrer. Je repasse par le Colombier et passe la ligne d’arrivée en vol avec 10 minutes d’avance. Une superbe journée de vol bien optimisée. Dommage de ne pas avoir pu voler en groupe l’après-midi avec les autres du club. 

Lucas, Baptiste et Laurent sont rentrés par le Margériaz depuis Banges. 

Théophile, Amaury et Louis après avoir découvert le vol le long des falaises ouest des Bauges, choisissent de se poser et rentrent en stop. 

Jules se retrouve bloqué loin dans le massif et est aussi contraint de rentrer en stop. Dommage, il avait une belle collection de balise, mais il ne rentre pas au goal dans les temps. 

C’est le moment de faire les comptes des balises. Chacun déclare ce qu’il a fait et l’organisation pointe en faisant confiance. Les prétendants au podium doivent pouvoir fournir des traces GPS pour preuves. 

Les traces du dimanche des pilotes du club assemblées dans un seul replay c’est ICI

Les résultats sont annoncés et je finis 2ème ex aequo avec Yanis Achir un pilote du club des Z’éléphants. Loïs Martin, le premier, est surpris du résultat, il recompte, vérifie les tableaux et nous réalisons mon erreur, et la sienne aussi : j’ai oublié de déclarer 2 balises, il en déclare une de trop. Encore trop euphorique de mon vol, j’en ai oublié de cocher 2 balises que j’ai pourtant bien survolées aujourd’hui (le Revard et Banges).

Bilan final : je remporte cette édition de la Trotte & Vol avec 1 balise de plus que Loïs qui est donc deuxième, lui-même avec 1 balise de plus que Yanis, 3ème. C’était vraiment serré jusqu’au dernier moment. 

C’était un superbe weekend plein de vols, de marches et de partages entre les participants. Merci à l’organisation des Z’éléph qui a superbement gérer cet évènement. On reviendra l’année prochaine !

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