Fomo : la FOMO (de l’anglais fear of missing out) se définit comme l’anxiété qui découle de la crainte de rater quelque chose ou de ne pas pouvoir participer à un événement important.
CFDMV : la Coupe Fédérale de Distance en Marche et Vol est est un challenge de la FFVL qui permet de déclarer et de classer des parcours effectués en partie en marche et en partie en vol. C’est l’analogue de la CFD pour une pratique de Marche et Vol.
Contexte : Aujourd’hui, 13 août 2026, est l’une des journées annoncée comme les plus fumantes de l’année ! Avec Zach, Charles, Val et Pierre, on se motive à se faire une journée « CFDMV » : on essaie d’optimiser à fond la journée pour faire un parcours en visant le meilleur score possible : c’est à dire le plus de dénivelé possible le matin (quand il n’y a pas encore de thermiques), puis le plus grand cross possible , et si on a encore la force, refaire du dénivelé en fin de journée.
On se lève à 3h, on monte à la croix de Chamrousse, on vole vers Comboire, on monte au Moucherotte, et au sommet, il est à peine 9h30, et on voit que les premiers sont déjà partis en cross, et qu’ils avancent bien !! Décidément, la journée est encore meilleure qu’on espérait, alors on file au déco pour se préparer rapidement. Il y a un vent de Nord/Est, alors on se prépare sur le déco Est -déco falaise- (ceux déjà en l’air ont décollé d’ici). Val est pressé de voler, alors il se prépare rapidement, tente 2-3 essais non fructueux au déco falaise, mais sa voile ne le monte jamais très bien. Il n’y a plus assez d’air pour assurer un déco propre ici (les rafales/vent NE qu’on avait en arrivant ne sont plus là), il s’impatiente et décide d’aller décoller en Ouest. Je le vois partir en courant, la voile en bouchon, mais à l’opposé du déco officiel (Ouest). Je ne comprends pas, mais Zach m’explique qu’il y a un autre déco (Ouest également), sous l’antenne du Moucherotte, et qui permet d’éviter la surpopulation du déco officiel, et qui prend moins le vent. C’est une super nouvelle pour moi, car je voulais décoller rapidement, et je n’avais pas très envie de me jeter dans la falaise (j’ai déjà eu une mauvaise expérience ici-même il y a deux ans, où ma voile ne m’avait pas suffisamment pris en charge, et j’y étais allé quand même… Résultat : pendu accroché dans un arbre dans la pente très raide. Alors je me suis promis « plus jamais ce déco »)

Deux minutes après être parti, on voit passer Val en l’air devant nous. Cool, il a bien décollé. Je finis de manger et me préparer ici (déco Est/falaise), et j’irais décoller comme Val, avec la voile en bouchon !
Matthieu et William (du Duck) nous rejoignent, ils étaient au décollage officiel (Ouest) et nous expliquent que c’est infaisable de décoller là bas (il y a trop de monde, et le vent est arrière). Pareil, Pierre arrive un peu après et confirme également cela.
Tout ce monde s’apprête donc à décoller ici, donc, dans la falaise. Ca me fait hésiter, parce que le vent est revenu et permet un bon contrôle de sa voile jusqu’à la cassure. Ce serait l’occasion de faire un décollage propre, de me « venger » de cette mauvaise expérience d’il y a deux ans… Je me dis que j’attends de voir à quoi ressemblent les décollages des autres, et je déciderais en fonction. J’en parle un peu avec les autres, et William me dit [en parlant du déco falaise] : « perso, si j’avais déjà grillé une cartouche ici, je n’y reviendrais plus jamais ». Je me dis qu’il a raison, et qu’il ne faut pas que je me laisse rattraper par l’envie de décoller à tout prix. Je file vers le même déco que Val !


Je suis donc au bon endroit. Je me prépare donc ici.

Il y a parfois des petites rafales qui viennent un peu plus de l’ouest, alors j’attends un bon créneau.






J’entends un « crac » mais je suis encore en l’air. Je regarde ma voile, je vois plein de suspentes et de tissu déchiré sur mon bout d’aile, mais ça vole encore ! Incroyable, j’ai du mal à y croire, je me voyais déjà hurlant de douleur dans les cailloux. Je reste concentré, il faut aller poser safe, je ne suis pas à l’abri que la voile fasse n’importe quoi avec les dégâts… Pas de complications, je pose dans un grand champ au bord de la route de Saint Nizier, je suis en vie, aucun bobo, mais une grosse frayeur.
Ma voile est bien amochée, mais je m’en fou, j’ai vraiment cru que le pire allait m’arriver. Je me sens égoïste et vraiment con.

On voit que Val n’a pas du tout eu ces problèmes à son déco, et sa finesse au décollage était 2x meilleure que moi. Je n’avais rien a faire à ce déco avec ces conditions.

Selon moi, voici les facteurs qui m’ont amené jusque là (et j’en oublie surement plein d’autres) :
- Le principal selon moi : la FOMO ! C’était LA journée de l’année, les copains ont bouclé des 250/300km, j’avais très envie de faire ça aussi, je me sentais prêt, mais chaque minute au sol c’était des km de cross en moins. Ca me paraît dingue d’écrire ça, vu les conséquences que ça aurait pu avoir, mais au moment du décollage c’est clairement ce que j’avais en tête
- La compétition : à la CFDMV, ce sont les trois meilleurs parcours qui comptent. J’en avais deux très bons, et celui-ci allait être encore meilleur ! On s’est levés tôt, on a fait plein de dénivelé, j’avais pas envie de perdre du temps au décollage, alors je me précipite. (je précise qu’il n’y a strictement rien à gagner à la CFD, donc vraiment un gros problème d’égo cette histoire)
- La fatigue : surement quand même dans la balance : on avait fait plus de 3000m de dénivelé le matin, on avait dormi moins de 5h. Forcément ça doit jouer un peu.
- Le lieu : déjà une mauvaise expérience ici, mais plutôt que de me méfier davantage, je me dis « je suis quelqu’un de raisonnable : je ne décolle pas à la falaise ». Comme il n’y a pas une falaise, le déco me semble chill (pourtant, un bout d’aile qui se prend dans un arbre, proche du sol, ca peut être clairement aussi dangereux, maintenant j’en suis convaincu !). Et comme Val avait décollé rapidement un peu avant, je ne me suis pas plus posé de question : pourtant j’avais bien vu que le vent de Nord-Est était rentré de nouveau, mais j’ai préféré ne pas le prendre en compte, probablement parce que ça ne m’arrangeait pas…
- La sur-confiance : quand ma voile était au dessus de ma tête, je savais bien que ce n’étais pas optimal, mais je me suis dit « ça va, j’ai déjà décollé dans des conditions et des lieux bien plus difficiles, donc j’ai de la marge ». Je pense avoir plutôt bien réagi/piloté, mais la part de chance est bien trop importante dans cette histoire.
Ce que j’aurais dû faire : aller au déco officiel, attendre mon tour et attendre que les conditions se mettent en place, et tant pis si je fais 50km de moins, la vie est trop belle pour la troquer contre un long cross.
Ce que je vais faire maintenant : revoir mes priorités dans le parapente, et garder en tête que « FOMO tue ». Comme pour les fumeurs, j’ai mis un mémo sur mon cockpit pour m’en rappeler, au cas où :



Très bon REX Théophile.
Heureux que cela se soit bien fini.
J’ai eu un cas similaire pendant la D’Tour, j’avais touché les sapins avec la plume sans gravité sur un déco pas optimal mais avec le biais cognitif de ne pas devoir redescendre à pied et réussir à faire le goal.
Depuis, sur les décos scabreux, je fais très attention et je cherche le meilleur endroit.
Très formateur ce REX !
Le mm jour, j’ai vu 2 mecs s’énerver au déco ouest sur plus de 10 tentatives de déco chacun…
La fatigue jouait vraiment pour moi, c’est pour ca que j’ai pas crossé perso !