Pour ceux qui ont toujours voulu savoir mais qui n’ont jamais osé demander, je rappelle qu’un triangle FAI est en triangle dont le plus petit côté mesure au moins 28 % du périmètre. C’est donc beaucoup plus difficile à réaliser qu’un aller-retour qu’on peut aussi appeler un triangle plat. D’ailleurs à la CFD pour le calcul des points, un triangle FAI a un coefficient multiplicateur de 1,4 alors qu’un triangle plat à un coefficient multiplicateur de 1,2. En plus, pour qu’un triangle FAI soit homologué par la fédération internationale il faut qu’il ait été déclaré avant le vol.

C’est pourquoi lorsque j’ai appris que le club allait se déplacer en masse dans le Vercors j’ai cherché la possibilité de faire un triangle FAI en partant de Saint-Hilaire et en passant par le Vercors pour revenir à mon point de départ et bien sûr en triangle avec une petite branche d’au moins 28 % du périmètre de la balade. Or quelques jours auparavant de retour d’un cross, je me suis posé sur le plateau en même temps que Cédric le moniteur de Prevol. Nous avons discuté de nos vols respectifs et il m’a raconté son périple dans le Vercors. Le soir même je me suis plongé dans la carte et j’ai essayé de refaire le tracé de son vol avec les éléments qu’il m’avait fournis. Je me suis rendu compte que cela faisait un triangle FAI de plus de 100 km qui passait par pleins d’endroits que je ne connaissais pas. J’ai donc proposé ce plan de vol sur la liste du club avec un rendez-vous à Saint-Hilaire à 11h.

Le matin de ce jour fatidique, nous sommes le 30 mai 2021, je charge le tracé du vol dans mon vario (ça me sera surtout utile dans le Vercors. C’est la partie du vol que je ne connais pas). J’étudie aussi les émagrammes des différents points-clé du circuit aux heures où j’estime que je devrais y passer. Et je me rends compte que si on peut espérer beaucoup plus de 2000 m en Chartreuse, il n’en sera pas de même dans toute la partie ouest du Vercors où ça plafonnera en dessous de 2000 m. Ça m’inquiète un peu parce que dans son récit Cédric m’a dit qu’il était parti à plus de 2000 m au-dessus de Saint-Martin pour faire la transition vers les Deux Sœurs or il vole avec une aile beaucoup plus perf que la mienne. Mais bon la météo peut se tromper… Jean-Jacques me rejoint à Saint naze et nous montons en stop. Il est 11 heures et la masse d’air est déjà bien instable il y a quelques ailes qui passent au-dessus de nos têtes. Si je me souviens bien il y a Isa, Christophe et Jean-Pierre au déco. Il nous emboîteront le pas pour le début du vol qui part classiquement vers le St Eynard. En arrivant au fameux thermique des pistes de ski du Sapey je commence à l’enrouler. Je fais 1700 c’est suffisant pour transiter directement sur Chamechaude. Je n’ai pas besoin de perdre du temps à aller au St Eynard ni même au Rachais. Ça n’apporterait rien à mon triangle. À 2400 Sur Chamechaude je transite sur le Charmant Som. Jean-Jacques me suit avec un thermique de retard. À 2004 à nouveau dans le nuage je quitte le Charmant  Som pour la Grande Sure. Pendant cette transition j’essaye d’analyser la situation. Il est encore tôt et à partir de maintenant tout vol tout va se dérouler en face ouest. Il n’y a rien sur la Grande Sure, en revanche il y a des petits cums qui forment à l’extrémité sud de la crête. J’opte donc pour cette direction en espérant trouver le thermique qui va me monter suffisamment haut pour la transition vers le Grand Ratz. Je ne trouve rien. Je commence à descendre et il faut que je me décide rapidement à passer d’un côté ou de l’autre de la crête. Je choisis le côté ouest parce qu’au moins si ça ne monte plus je pourrais toujours aller me poser vers le col de la Placette. Alors que de l’autre côté c’est la Pampa. Finalement je trouve un truc assez puissant dans une ravine qui me remonte sur la crête et c’est alors que je vois Jean-Jacques arriver du Charmant Som. Il pense que ça monte toujours en face ouest et essaye de venir me rejoindre. Dommage, il se prend l’effet bagnard de mon thermique et il pose sur le plateau entre le Charmant Som et la Grande Sure.

2000 max à la Grande Sure. Je suis rentré dans la masse d’air des faces ouest, je ne pourrai pas espérer plus. Je pars donc en direction du Grand Ratz. À partir de maintenant je suis en Terra Incognita sauf le passage devant Montaud. J’arrive au Grand Ratz à 1300. D’après les calculs que j’avais fait sur la carte je pensais qu’il fallait que je parte en transition pour le Bec de l’Échaillon à au moins 1600. Il y a aussi une fumée (elles sont de plus en plus rares) qui m’indique que la brise est mal orientée par rapport au relief que je dois raccrocher. Je reste donc plus de 20 minutes en stand-by au-dessus du Grand Ratz, j’ai le temps de voir deux ailes s’installer mais je ne les verrai jamais décoller. Finalement je vois que la fumée s’oriente du bon côté, je suis à 1500 m. Je tente la traversée. Le raccrochage sur les avant-reliefs de Montaud est vraiment très facile. Et voilà le premier Grille-pain du parcours. Le thermodynamique du Bec de l’Échaillon me permet de passer les lignes sans aucune difficulté. La suite, c’est une crête qui n’en finit plus de progresser vers le sud. C’est là que la trace que j’ai mise sur mon vario devient utile car il y a plusieurs options possibles. Je suis poussé par un vent de nord-ouest assez fort entre 15 et 20 km/h et je dois enrouler les thermiques en décalant les spirales. Je suis seul en l’air à part deux ou trois rapaces qui ne m’aident pas vraiment à trouver les bonnes pompes. Au moment où j’arrive aux Gorges de la Bourne qu’il va falloir que je traverse, j’entre en contact radio avec ceux du club qui étaient montés voler au Belvédère. Je me sens moins seul et je me lance dans la transition au-dessus des gorges en partant à 1700, une altitude que je n’arrive pas à dépasser mais c’était prévu, malheureusement la météo ne s’était pas trompée. Le raccrochage de l’autre côté des gorges en thermodynamique est un peu technique parce que le vent est parallèle à la crête et donc comme cette crête est étroite il n’y a qu’une toute petite zone où ça monte, mais là ça monte très fort. Il ne faut pas lâcher le thermique. Enfin j’arrive à Saint-Martin. C’est le bout du monde. La crête ne va pas plus loin. Il y a un déco et je suis étonné que personne ne vole. Enfin pas tant que ça parce que les conditions sont quand même costauds. Donc c’est là que Cédric avait fait 2000 avant de partir en transition vers les deux sœurs. Je suis à 1500 m et je vais rester en attente pendant 25 minutes avant de prendre la décision de partir en transition à 1780 m et ça passe ! (Évidemment, avec 20,25 de cul ça aide… J’entends les autres en radio qui se plaignent que les thermiques sont hachés par le vent mais moi ça arrange bien mes affaires…) Je raccroche de l’autre côté sur les pistes de Corrençon et bingo je fais le nuage au-dessus de la Grande Moucherolle. Mais là, je ne comprends pas pourquoi, je fais la grosse bourde du vol. Au lieu de remonter jusqu’au pic Saint-Michel comme je l’avais prévu, comme la trace sur mon vario me l’indiquait, j’ai décidé de tirer tout droit sur le Connex en pensant que j’étais assez haut, je suppose… Mais c’était sans compter une énorme brise sans doute renforcée par le vent d’ouest qui m’a plaqué sur les pentes de la montagne balayées par un vent de travers qui secouait les branches des arbres d’une manière impressionnante. Premier barreau, je me mets face à la brise et je crabe en montant par saccades le long de la pente. Parfois l’aile part en arrière et ça recule, je pense à la frontale que je vais me prendre sur la tronche et j’ai les pieds dans les feuillus qui s’agitent dans tous les sens, parfois ça dégueule, parfois ça bipe à mort. Je ne vous conseille pas cette expérience. Je mets 33 minutes pour faire les 500 m de dénivelé qi me mènent au sommet ! Belledonne est en vue il n’y a plus que la grosse transition au-dessus de Vizille et après ça devrait être du gâteau. Enfin je crois parce que j’ai jamais mis les pieds dans ce coin, en tout cas pas dans ce sens là. Et en fait ça monte bien il y a juste encore une grosse ligne à franchir, le deuxième Grille-pain du voyage. Mais le problème c’est que ça commence à passer à l’ombre. Une énorme masse nuageuse qui s’est formée au-dessus de Belledonne masque petit à petit le soleil. En plus je vois que le sommet du Grand Colon est dans la crasse. Enfin j’arrive à la hauteur du Recoin et je trace vers la pompe à couillon de l’Aiguille. Je sais maintenant que c’est gagné Je vais planer jusqu’au Grand Replomb porté par ce gros nuage sombre  puis c’est le final glide jusqu’à st Naz. Je pose à 19h20 Just in time pour ne pas enfreindre le couvre-feu. J’ai bouclé mon triangle FAI de 110 km après 7h 18mn passées sous ma fidèle Swift 5 Ozone.

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Les émagrammes

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