Stage cross 2019 avec Prévol. Pour mémoire, le résumé ici. 

 

C’est le premier jour, tendance nord, direction Montlambert, puis sur place les conditions d’envol sont hasardeuses, en face Chamoux semble plus accueillant mais c’est L’Ébaudiaz qui retiendra notre attention, sans doute parce que les possibilités d’extraction et de parcours sont plus intéressantes. Effectivement. Il y a un voile nuageux qui couvre l’ensemble du ciel, mais c’est un voile convectif, et dès notre déco on sent bien que ça monte. L’idée c’est de faire des bouts de vol en étoile, on va un peu par là, un peu ailleurs, mais les déplacements sont limités car les conditions requièrent de rester dans le coin. On prend d’abord la direction du Grand Arc, puis on revient, et les premiers reçoivent l’invitation de traverser la Combe en visant le Col de Tamié, avant de revenir sur leur trace. Je suis à la traîne, il faut dire que c’est la première fois que je m’essaye au cross en groupe, voire même au cross tout court, j’entends par là ailleurs qu’en des endroits connus. Je me sens bien, ça tient plus que nécessaire, ça monte même, et je prends à mon tour la direction du col. Mais ça monte encore, ça fait bip, bip, bip, puis BIP, BIP, BIP, et même BIP, BIP, BIP, et je suis rapidement happé dans un monde inconnu et ô combien déboussolant. Je tiens à m’arrêter là dans le récit : pour résumer, il n’y a pas d’échappatoire, le ciel n’est pas visible, il y a des nuages partout, donc plutôt un seul nuage dirons-nous… On a décollé quelques centaines de mètres sous le plafond, j’ai aperçu les autres partir de la même hauteur que moi un peu plus tôt, et quand j’arrive au même niveau, je suis aspiré. D’accord, faut descendre, et je le comprends assez vite. Je fais les oreilles, ça monte. Des oreilles plus grandes, ça monte. J’enclenche l’accélérateur, direct à fond, avec les oreilles, toujours du bruit dans la machine et ça m’inquiète de plus en plus. Je ne connais pas encore la technique des B, mais je connais les 360, du moins sur un temps relatif. Je pars en tournant sur moi-même, je fais plusieurs tours, j’appuie plus encore, et ça monte toujours. Bordel de m****, je sens la panique qui me gagne, je n’ai plus d’alternative. J’annonce à la radio : NIVEAU 2 ! Cela signifie qu’on est dans une situation palpable. Gilles le moniteur s’en préoccupe, j’explique ma situation le plus clairement possible mais plein d’effroi, car après mes 360 je n’ai plus aucune idée d’où je suis, et j’ai bien à l’esprit que le plus grand danger c’est de se rapprocher du relief. J’étais assez éloigné au début de la péripétie, mais on ne voit rien, c’est tout blanc partout, et Dieu sait qu’on se sent seul lorsqu’on se rapproche de lui… Avec le vent, le fait de continuer à monter, mes grands tours inutiles, qui sait où je suis maintenant ? L’instructeur me conseille de voler vers la lumière, vers là où c’est le plus clair… Dur à deviner ! Je suis complètement épouvanté mais j’essaie de respirer profondément, j’ai conscience que le temps ne se passe pas aussi rapidement que je l’imagine mais les secondes semblent des heures. Finalement le Vario se calme un peu, finalement je ressors, combien de temps s’est-il passé en tout ? Peut-être 5 minutes, peut-être 10, je n’en ai pas la moindre idée, c’est mon appréciation la plus objective aujourd’hui. Et bien entendu, quand je retrouve une visibilité, je ne suis pas du tout où je pensais, ni dans la direction que je pensais. Il y avait une montagne en face de moi, encore distante, mais je ne prenais pas la direction de la vallée… Encore sous le choc, je rassure tout le monde en radio, je m’écarte au large en faisant encore les oreilles pour retrouver un étage plus confortable, je poursuis quelque peu le vol et retrouve les autres qui rentrent du col : on essaie de transiter pour passer l’entrée de la Maurienne et on se pose alors les uns à la suite des autres.

Bien que nous ayons fait un bel itinéraire le lendemain en partant de la Sambuy pour contourner les faces sud des Bauges, j’ai gardé – et je garde toujours – ce moment comme un traumatisme et un épisode que je ne souhaite pas revivre. Il y a bien des conseils à suivre pour éviter de se retrouver dans un nuage : voler en le gardant à 45° au-dessus de soi, voler au vent, être attentif à l’intensité des bips à son approche, apprécier l’épaisseur du nuage avant de se retrouver dessous, … Mais vous aurez compris que la situation était différente, le plafond pas très haut, la convection partout, l’épaisseur inconnue. Je n’en avais pas pris conscience à l’époque, mais l’aide d’un instrument sur le cap à suivre est indispensable quand on vole. On peut avoir une boussole comme les petites rondes à placer devant soi, sur un container ventral par exemple. Vous pouvez consulter votre cap sur beaucoup de Varios, c’est assez fiable, et je l’utilise désormais souvent. Le plus important reste évidemment de ne pas oublier de regarder la direction à suivre avant de vous faire engloutir, et de la conserver si vous savez que vous avez beaucoup de place avant de vous inquiéter de nouveau, comme avec une transition de vallée qui prend du temps. Ce qu’on peut envisager d’autre comme technique pour descendre ? Hum, je n’avais pas appris à ce moment qu’on pouvait faire les trois en même temps – oreilles, accélérateur, 360 – mais c’est très efficace. Il faut s’entraîner au préalable bien sûr, on n’essaye pas de le faire le jour où la situation est compliquée. J’ai découvert, mais je ne l’ai pas testé, qu’on pouvait entreprendre l’enchaînement suivant : accélérer un peu, une oreille, puis l’autre oreille, accélérer franchement, et roulis en basculant son corps de part et d’autre. Le taux d’efficacité s’approche des 360 aux oreilles paraît-il. Enfin certains iront jusqu’au décrochage, mais il faut savoir le faire, le gérer, puis en sortir… Toute une histoire ! 

Je conclurai en rappelant donc l’importance d’apprécier les conditions dans lesquelles on décide de voler. On ne refait pas le match : aujourd’hui je ne me dis pas que j’aurais pu prendre une autre décision, la vitesse à laquelle tout s’est déroulé, les autres pilotes qui sont passés au même endroit sans connaître ces déboires, la connaissance de certaines techniques de descente : je n’étais pas inquiet. Il y a une phrase qu’on retrouve parfois : “le plus grand danger du vol dans les nuages ce sont les techniques de descente rapides”. Elle porte à confusion, parce que la vie comporte des risques mais il existe des façons de les réduire, cependant elle nous rappelle une certaine “homéostasie” dont nous parlons à l’occasion. Puisqu’on sait comment descendre, on peut se permettre de monter. Jusqu’à ce que ça monte trop. Jusqu’à ce qu’on n’ait pas de possibilités de s’échapper. Pour cela, et pour bien des situations de la vie en général, entrevoyons la nécessité de se préparer à ce genre d’événement et d’avoir acquis des réflexes et des attitudes pour parer à toute éventualité : SOYONS PRÊTS EN TOUTES CIRCONSTANCES. Il est intéressant de développer des schémas mentaux pour garder son calme, agir avec lucidité, prendre le temps de respirer profondément, se parler à soi-même. Les oiseaux possèdent un sixième sens (tout être vivant d’ailleurs !) qui les guide, aussi la perception magnétique et l’orientation sans visibilité sont possibles. D’après certaines expériences, il serait ainsi plus avantageux de fermer les yeux pour augmenter ses chances de survie dans une situation pareille… Faîtes-en bon usage ! 

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