Après un report dû aux circonstances sanitaires désormais bien connues, le stage cross a finalement bien lieu, confirmé par une météo plutôt convaincante. Le samedi est sous l’influence du nord, le dimanche permet davantage de possibilités. Et c’est ainsi que notre joyeuse bande de crosseurs et d’apprentis crosseurs se retrouve tôt le matin pour entamer le traditionnel briefing pré-vol, par… Prévol, évidemment. Il y a là Cédric et Gilles, deux moniteurs chevronnés et rompus à l’exercice des itinérances en parapente, qui nous demandent tour à tour de nous présenter. Le millésime 2020 est assez homogène, bien que non, tout compte fait ! Sous l’oeil scrutateur du caméraman averti se cache un des cadors du circuit, ce cher Jacques, dans l’ombre duquel le spécialiste dentaire toutes catégories confondues, Jean-Jacques, ne peine pas du tout à croquer les bornes volantes. Des seconds couteaux s’il en est, fines lames du vol libre, ont les bords d’attaque affûtés comme des rasoirs : il s’agit de Christophe et de David. Encore inconnu au bataillon, Ludovic fait figure d’épouvantail, et tout le monde se méfie de lui car sous ses airs de pilote attentionné, un monstre somnole… Enfin, pour compléter ce panel délicieux, les outsiders du stage, le petit José à la progression fulgurante, et moi-même, aux ambitions mesurées mais non moins certaines !

Après le tour de table vient celui des négociations : chacun s’est déjà imprégné des conditions du jour et on calcule vite fait que l’abri du nord sera ce fameux Montlambert dont on parle tout le temps. Mais que faire ? Il est proposé et décidé une stratégie “en étoile”, afin d’explorer et de permettre des regroupements avec les retardataires (ou les précoces, c’est selon, personnellement je prends mon temps). On s’avance vers le lac de La Thuile, on revient sur Le Charvet, on vise le Mont Pelat, puis La Dent d’Arclusaz via le rocher aux oiseaux, ça fonctionne ! Ceux qui sont devant ont le droit de continuer vers le Col de Tamié mais en s’arrêtant à mi-chemin car le retour promet d’être athlétique, entre les bulles thermiques qui remontent les parois, le nord qui nous contre et la volonté de rester dans le meilleur quart, c’est-à-dire le plus haut possible… Un regroupement est effectué au large de La Dent d’Arclusaz, et là, c’est le grand moment, transition vers la Lauzière, plus précisément Le Grand Arc, par une belle laisse de chien étudiée le matin. Tout le monde raccroche et remonte l’épaule pour se diriger vers l’Ébaudiaz, un peu plus à l’est, d’où nous avions décollé l’an dernier à la même occasion (et après avoir acheté un bout de fromage doit-on le préciser ?). La suite, c’est d’ailleurs comme l’an dernier, un retour vers Le Grand Arc, puis une tentative audacieuse mais difficile pour traverser l’entrée de la Maurienne afin d’atterrir à Chamoux. Et là, c’est la récolte du Petit Poucet, Cédric nous récupère tous au fur et à mesure, posés l’un après l’autre, parfois à quelques dizaines de mètres près. Seul Gilles, notre moniteur volant du jour, trouvera la bonne recette pour poser au terrain officiel, n’est pas professionnel qui veut. S’en suit un débriefing à chaud puis une analyse des traces sur ordinateur : y’a pas à dire, au vu des conditions, on a bien exploité la journée ! Environ 2h45 de vol et près de 35km, peut-être 45km pour les meilleurs, on s’en tire à merveille. Mais pas assez de temps pour une petite bière, quel dommage 🙂

Le lendemain, rendez-vous était pris pour un projet très ambitieux. Nous avons une dominante d’ouest et l’idée de découvrir des territoires inconnus. Les faces est de Belledonne étaient proposées mais ce sont les Écrins qui retiendront l’avis de la majorité. Un trajet long en voiture est prévu le matin afin d’envisager une remontée des faces ouest de la bordure du Parc et d’aller le plus loin possible. Des Richards à La Rochette, le plan est fou ! Un peu trop même, puisqu’à notre arrivée, bien qu’une compétition se tienne à l’endroit où les hostilités doivent être lancées (signe d’une bonne stratégie on le croit !), les nuages créent un plafond peu élevé, et tout le monde a déjà en tête qu’avec une extraction difficile sur ce site, la progression en sera de même. Mais c’est un 100% qui a lieu : tous les pilotes se jettent sur la face au nord du site et arrivent à remonter. On enchaîne une ou deux arêtes, puis c’est l’hécatombe. Certains ont cherché à longer les parois pour ne pas perdre d’altitude, mais c’était à l’ombre et ça le faisait pas assez. Et on s’est retrouvé à 5 à tournoyer au-dessus de Chaillol 1600, David sur une petite falaise qui ne voulait décidément pas de lui, José, Jacques, Jean-Jacques et moi sur une sorte d’épaulette au bord du village… C’est très peu évident, trop peu évident, on voit David poser, puis c’est mon tour, et le temps qu’on plie Gilles qui fait la navette ce jour-ci nous récupère. Entretemps, Jacques a trouvé la seule bulle du coin qui devait s’échapper d’un four à pain et file retrouver Christophe qui a su tirer son épingle du jeu et Ludovic qui a pris la meilleure option de ce grand départ en ligne, à savoir passer par la vallée, au soleil, mais bien évidemment ! Bref, on explique à José et Jean-Jacques qui tournicotent désespérément que c’est sans doute mieux de se poser pour tenter un décollage plus loin et plus tard, au sommet du Colombier. Avec toujours la même envie, nous effectuons une transition goudronnée et récupérons au passage quelques concurrents de la compétition Trans’Alps qui redécolleront avec nous. Deuxième essai, on monte dans le thermique du Colombier et on part à 2200m vers le Coiro, en traversant l’entre de la vallée du Valbonnais, impressionnant pour commencer ! Sur la paroi ouest, ça prend en dynamique et chacun s’extraie à tour de rôle. Jacques et Ludovic, qui n’ont pas posé à Chaillol, sont devant et continue leur bonhomme de chemin. Cédric qui était revenu nous chercher dans la transition accompagne alors David, José, Jean-Jacques et Christophe, que nous avions récupéré sur la route avec les compétiteurs. Reste alors moi, qui monte mais qui n’ose passer dans le Col du Coiro, et qui choisit finalement de le contourner en combattant l’ouest à plein accélérateur, ce qui n’était pas la pire des options non plus. Je me refais bien sur l’épaule nord, monte avec un vautour, accuse une frontale et part en direction du Rocher du Lac puis du Grand Armet, dernier bastion d’ampleur avant la haute transition vers le Taillefer. Les autres devant sont passés et ont connu des conditions plus calmes en thermiques mais tout aussi réjouissantes, pour ma part je suis parti pas assez haut mais en connaissance de cause, et afin d’éviter de me faire piéger dans une vallée encaissée et sans champ, j’ai visé plus loin et je pose au pied du Perollier, dans une confluence de nord et d’ouest délicate et rassurante à la fois. Mes coéquipiers bien coachés par Cédric entame alors la transition vers Chamrousse en visant le Col du Luitel, mais c’est peut-être là l’endroit le plus difficile à passer. Jacques et Ludovic, qui volaient depuis un moment déjà, sont contraints de s’arrêter sur le plateau de l’Arselle, tandis que David, Christophe, José et Jean-Jacques, partis dans un autre cycle je ne saurai dire, gagnent en fin de compte l’Aiguillette tant attendue. Ils y posent et patientent, le temps que leurs deux comparses les retrouvent avec un coup d’autostop, et moi-même grâce à la récup. On redécolle tous direction Le Grand Colon puis Le Grand Replomb, en flirtant avec les nuages, en admirant la beauté sauvage de Belledonne, et en savourant le temps d’une dernière transition vers l’atterro de St Nazaire les moments délirants de ce stage : approximativement 75km et 6h de vol pour les plus forts ! Il est 20h et on débriefe une dernière fois nos émotions avant de rentrer. On en a pris plein les mirettes et tout le monde, élèves et moniteurs, manifestent leur satisfaction des stratégies choisies. L’horaire tardif et les contraintes liées aux transports ne permettent toutefois pas de prendre le temps d’une récompense rafraîchissante, et c’est bien la seule chose qui manquait pour nous combler.

Une cuvée 2020 sans bière, tel était le titre, mais sans aucune amertume non plus !

Je vous souhaite à toutes et à tous de bons vols et de bonnes vacances.

 

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