C’est le point clé de la transition de la Chartreuse vers les Bauges.
Cette transition est longue (10 km) et difficile (Fortes brises, et fortes turbulences à prévoir à la Savoyarde).
Mais elle ouvre la porte à des cross magnifiques, sur un terrain de jeu bien plus grand que la simple Chartreuse.

Fin mai, j’ai vu deux voiles galérer là bas, comme moi-même j’avais galéré lors de mes premières tentatives.
Elles tentaient une option que je savais sans espoir.
Impossible de les prévenir en radio, n’étant pas sur leur fréquence; Et pas envie de me mettre dans la galère pour les rejoindre et leur expliquer de vive voix.
Au final je me suis dit qu’elles verraient où je passais et me suivraient… Ce qu’elles n’ont pas fait. Elles y sont peut-être toujours! 😉

Du coup, j’ai décidé de rédiger cet article pour partager mon expérience:
J’ai assurément une grosse expérience de ce qu’il ne faut pas faire: Je n’ai réussi mon premier passage sur les Bauges qu’après une demi-douzaine d’échecs; Depuis, mon taux de réussite s’améliore d’année en année. (Mais avec toujours au moins un échec par an.)
Cette année, je touche du bois, je l’ai tentée deux fois, et réussi les deux. Donc cette fois ça y est, c’est sûr, j’ai enfin tout compris 🙂
Ceci dit, je suis preneur de toutes les bonnes idées pour améliorer encore et encore ce topo!

Vue panoramique des Bauges, au départ du Granier:

Le départ de la transition

Je suppose acquis le cheminement jusqu’au Granier.
On me demande souvent quelle est la bonne altitude pour transiter. La bonne réponse est “Une altitude suffisante”.
C’est une question de probabilités: Plus on est haut au départ, meilleures sont les chances.
Mais être très haut ne garantit pas la réussite:
En 2003, pendant la fameuse canicule, je suis parti à 3700m du Granier, certain d’arriver direct au milieu des Bauges… Et pourtant je n’ai même pas atteint le pied de la Savoyarde!
Les thermiques sur la Chartreuse étaient exceptionnels, mais il fallait bien que l’air redescende quelque part. J’ai eu du -3 m/s tout le long, et j’ai vaché désespéré près de Montmélian.

Ces dernières années, j’ai constaté qu’en partant à 2400m, ça passait bien pour moi. Je l’ai même parfois réussie en partant de 2200m.
Les guns partent souvent en dessous de 2000m, parfois même sous le niveau de la croix du Granier, à 1900m, et ils réussissent généralement.
Si vous avez une B, inutile pourtant de prévoir plus d’altitude que moi au départ: La trajectoire et le placement dans la brise sont les facteurs les plus importants. A vous de jouer!
Juste une remarque: Quand il y a du sud qui pousse, on peut se permettre de partir d’un peu plus bas; S’il y a du nord qui contre, mieux vaut au contraire assurer un peu plus de marge.

Attention cependant si les plafonds sont exceptionnels: Contrairement au reste des faces est de Chartreuse, où le vol à vue est autorisé jusqu’au FL 115  (~3500m), le Granier est sous la TMA Lyon 11, et là la limite est le FL 95 (~2900m). Et donc mon fameux vol de 2003 était très largement en dehors des clous!

Alternative possible: Partir de la Pointe de la Bornée, ou du Mont Joigny, au nord du Col du Granier.
Avantage: Transition un poil plus courte, et on arrivera à la Savoyarde mieux placé par rapport à la brise.
Inconvénient: Les plafs sont généralement meilleurs au Granier.

Les brises

Il y a deux brises distinctes, les deux généralement assez fortes (25/30 km/h):

  • L’énorme brise de la cluse de Chambéry. Elle se divise en deux branches, une tournant à gauche vers Albertville, et une autre à droite vers Grenoble. (En rouge sur le schéma)
    Celle tournant vers Albertville coupe même le virage, en passant par dessus la Savoyarde, et déferle derrière Montmélian.
  • Des langues de brise plus étroites, venant d’Annecy, et redescendant les vallées intérieures des Bauges vers le sud. (En jaune)

Les deux se rencontrent dans le secteur de la Savoyarde.

Les Brises

On vise quoi

J’élimine d’office l’option sud-est de la Savoyarde, permettant de rejoindre directement Montlambert par les faces est des Bauges.
Certains y passent parfois, et la réussissent apparemment très bien.
Il faut quand même savoir que dans ce cas on traverse nécessairement la zone sous le vent de la brise de Chambéry, au dessus de Montmélian.
Et cette zone est très dangereuse: Dans les années 1990 il y a eu plusieurs morts là bas.
À vos risques et périls!

On ne vise pas non plus la Savoyarde proprement dite. (Le rocher chiffonné caractéristique, à la pointe sud-ouest des Bauges, au nord de Montmélian.)
C’est le point le plus proche du Granier, mais aussi celui où la brise de Chambéry est la plus forte. (À cause de l’effet venturi au bout des Bauges.)
Quand on arrive devant, il est quasi impossible de remonter la brise vers le nord.
Là, vache assurée du coté de Montmélian, ou de la plaine de l’Isère.

Non, le bon plan, c’est d’aller plus à gauche, à l’extrémité nord de la crête de la Savoyarde.
Ce sommet s’appelle en réalité le Montgelas (En un seul mot). Mais pour les parapentistes racontant leurs exploits, c’est lui la Savoyarde!
En effet, c’est l’épaule nord-ouest du Montgelas qui est au vent de la brise de Chambéry. Et c’est le seul endroit où ça reprend assez bas, sans se faire balayer latéralement par cette maudite brise.
Attention: C’est au vent; Ça reprend bas; Mais l’aérologie sera de toute façon turbulente! (Voire très turbulente!) Il est fortement recommandé d’avoir déjà fait un SIV!

Et pour avoir une chance d’arriver au Montgelas, il est important de mettre le cap encore plus à gauche, et faire au moins la première moitié de la transition en direction du Mont Saint Michel. (La butte à planeurs au dessus de Challes-les-Eaux.)
En effet, dès qu’on rentre dans la couche de brise, on est balayé vers le sud (vers la droite).
Plus on sera au nord (à gauche) à ce moment, plus on a de chance d’atteindre cette fameuse épaule nord-ouest du Montgelas.
Voir la longue flèche jaune sur l’illustration ci-dessous.

Attention: Pendant la saison de ski, typiquement jusqu’au 15 avril, la TMA de Chambéry est interdite au vol à vue le week-end (du vendredi au lundi midi). Se renseigner chaque année sur les dates et horaires exacts. ([2020-07-06] Corrigé l’inversion semaine/week-end)
Dans ce cas, contourner par la droite le petit lac de Saint André, qui marque la pointe sud de la dite TMA.
Voir les flèches rouges sur l’illustration ci-dessous.

Une fois dans la brise (typiquement vers 1200m), ajuster le cap pour que la dérive vous emmène vers la fameuse épaule nord-ouest.
Prendre de la marge (Sous forme d’une laisse de chien), car il est prévisible que la brise forcisse au fur et à mesure qu’on descend dedans!
C’est la dernière flèche rouge en haut de l’illustration ci-dessous:

Transitions

Comment se refaire

Si effectivement on atteint l’épaule nord-ouest, même très bas, c’est assez facile:
Simplement faire des aller-retour sur l’épaule face au vent, ça monte partout en dynamique. (Trajectoire en jaune ci-dessous) (Même moitié plus bas, ça passe encore!)

Si la brise vous décale trop à droite, et qu’on n’atteint PAS l’épaule nord-ouest:
Ne pas s’obstiner trop longtemps en crabe face au vent. Il y a une seconde épaule orientée ouest, environ 1 km au sud de la première. Se rabattre vers elle.
On peut s’appuyer dessus dans la brise; Puis la remonter par des petits droite/gauche en crabe. (Voire légèrement freiné en marche arrière face à la brise, plus forte à cet endroit!)
Arrivé vers 900m, il redevient possible de remonter la brise en direction du nord en accélérant un peu. Ça monte tout le long de la petite falaise. (Trajectoire en rouge)
[2020-07-06] Un habitué me signale le signe = caractéristique en bas de cette épaule ouest, formé de deux bandes de sapins plus sombres. (Bien visible sur la photo ci-dessous.) Il marque la limite droite de la zone fréquentable.

Dans les deux cas, une fois au dessus de la petite falaise, remonter la pente terminale en dynamique près des arbres.
Bien être sur ses gardes, car il peut y avoir des turbulences brutales.
On atteint ainsi assez facilement le sommet du Montgelas.

L’image ci-dessous reprend en vert les zones favorables détaillées ci-dessus:

  • Les deux épaules où on peut se refaire bas (flèches jaunes)
  • La bande basse, devant la petite falaise, où on peut remonter la brise d’une épaule vers l’autre
  • Le haut de la crête, où ça tient partout facilement en dynamique
    Les flèches orange indiquent la trajectoire du pilote, pas celle du vent!

Et en rouge, les zones dangereuses à éviter tout autour:

  • À droite de la Savoyarde, la zone sous le vent de la brise. (N’y étant jamais allé, je n’ai aucune idée de là où elle commence et là où elle finit exactement.)
  • À gauche, entre le Mont Saint Michel et le Montgelas, le petit vallon apparemment accueillant… qui est un enfer sous toutes les brises, avec des cisaillements violents entre chaque couche! Posé vivant, posé content, mais pas envie d’y retourner!
  • Toute la bande au pied du Montgelas et de la Savoyarde, où la brise est forte, et qui est entièrement tapissée de piquets de vignes!

Comment sortir

L’erreur que tous les pilotes non prévenus font la première fois, c’est d’espérer sortir au dessus du sommet du Montgelas, pour transiter vers le Pic de la Sauge juste derrière.
Comme les deux voiles mentionnées au début, j’y ai fait du soaring pendant des heures… et le thermique espéré n’est jamais venu.
C’est d’autant plus frustrant que pendant ce temps, on voit plein de voiles arriver du Granier, et monter apparemment facilement. Pourquoi eux et pas nous?
Le problème, c’est que la pente terminale du Montgelas est brossée par une forte brise, et que rien ne part jamais du sommet.

Deux stratégies possibles pour passer:

  1. Au printemps, quand c’est instable en basses couches, il y a bien des thermiques qui partent, mais de plus bas, décalés devant la pente.
    Pour les attraper, partir du sommet accéléré droit face à la brise, pour avancer par exemple au dessus de la petite falaise.
    Si on ne trouve rien, revenir en dynamique au ras des arbres vers le sommet, comme la première fois, et recommencer.
    S’il y a une bulle qui passe, l’enrouler serré, et s’appliquer pour ne pas la perdre. Ça monte toujours en décalant fortement vers le sud dans la brise.
    Si on la perd avant 1500m, revenir vers le sommet et recommencer. Sinon la transition est jouable vers le Pic de la Sauge.
    Bien sûr, plus on est haut, mieux c’est. À 1600m ou 1700m on a nettement plus de chances de le raccrocher.
    Mais il faut quand même faire gaffe à ne pas être embarqué trop vers le sud au dessus de la Savoyarde. Car plus on part au sud, plus la transition vers le Pic de la Sauge se fera face à la brise d’Annecy. Et on perdra vite l’éventuel avantage d’altitude de départ.
    Voir la trajectoire en rouge ci-dessous.
  2. L’été, ou quand c’est stable en basse couches, le mieux est de monter au maximum en dynamique, légèrement en avant de la crête du Montgelas, sans chercher à monter plus haut que le sommet. (Ce qui est de toute façon quasi impossible.)
    Puis partir vers le nord parallèlement à la crête, accéléré au maximum du raisonnable, face à la brise d’Annecy.
    On profite ainsi d’une zone assez porteuse dans le dynamique de cette brise. Par contre, gaffe, là aussi il peut y avoir de grosses turbulences brutales.
    Ensuite faire un belle laisse de chien en direction de l’épaule forestière nord-ouest du Pic de la Sauge.
    (Ignorer donc la petite falaise arquée, à la pointe sud-ouest du Pic de la Sauge, qui est pourtant plus près, mais dont il est plus difficile de sortir.)
    On arrive très bas sur cette épaule nord, parfois à peine 100m au dessus des champs. Mais là l’aérologie est enfin saine, et ça reprend très bas en dynamique. 🙂
    À noter que la combe ouest, entre l’épaule nord-ouest et la falaise sud-ouest arquée décrites ci-dessus, est sous le vent de la brise d’Annecy, et est assez malsaine.
    Voir la trajectoire en jaune ci-dessous. (pas très claire vu la parallaxe – On comprend mieux sur les traces GPS plus bas)
    [2020-07-06] À noter aussi que cette stratégie ne marche que si la brise d’Annecy est assez forte. Sinon l’épaule nord du Montgelas n’est pas assez porteuse; Et la brise sera trop faible au pied du Pic de la Sauge pour en ressortir en dynamique. En gros il faut que quand on quitte l’épaule, à environ 1 km au nord du sommet du Montgelas, on soit toujours à près de 1300 m, soit l’altitude du Montgelas lui-même. Mais dans ce cas, avec une faible brise d’Annecy, la petite combe ouest du Pic de la Sauge n’est plus si méchante, et la falaise arquée au sud de la Sauge est plus proche et plus facile à atteindre.

Transitions vers la Sauge

Exemple de trace avec recherche de thermiques en avant de la pente: (Un premier enroulement perdu trop tôt, et un second qui passe.)

Trace - Stratégie de printemps en thermique

Exemple de trace avec passage en dynamique pur: (Bien plus efficace finalement.)

Trace - Stratégie d'été en dynamique pur

Et après

Une fois au sommet du Pic de la Sauge, c’est gagné!
On aperçoit un enchaînement de crêtes et de sommets assez évident en direction du nord-est, qui mène directement jusqu’au Lac d’Annecy:
Pic de la Sauge → Pointe de la Galoppaz → Mont de la Buffaz → Mont Colombier → Mont Julioz → Roc des Boeufs
(Le petit crochet latéral par la crête du Mont Julioz évite de se retrouver coincé sous le vent de la brise d’Annecy, en arrivant trop bas à la pointe sud du Roc des Boeufs.)

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