Un texte de Joël Favre paru dans Parapente mag N° 172

FAIRE 100 km est à la portée de nombreux pilotes, à condition de respecter quelques règles (voir encadré).
C’est le rêve de tout parapentiste qui débute le cross… Il y a une multitude de façons et d’endroits pour réaliser un vol de 100 km…

Du plus simple au plus ardu :

  • Une distance sur axe peut se faire partout, montagne ou plaine.
  • Un aller-retour sera plus simple sur des plaines vallonnées, protégées des vents (type plaine du Bugey au départ du col du Banchet), des falaises ou dunes de bord de mer (exemple, les chaines de dunes au Nord de Bordeaux à Lacanau) ou des massifs présentant des transitions moyennes.
  • Pour les triangles, les massifs montagneux sont plus adaptés.

DU BOURGET AU LÉMAN

J’ai choisi de vous décrire un vol sur axe que l’on fait régulièrement sur la région d’Annecy du lac du Bourget au lac Léman. Ce vol est réalisable de mars à octobre. Il n’est absolument pas engagé puisque nous allons longer les plaines situées à l’Ouest des massifs des Bauges, de la Tournette, des Bornes et du Chablais. Un flux léger de sud-ouest facilitera les transitions. Il n’est pas nécessaire d’avoir des plafonds très hauts : 2000m suffit. On décollera en début d’après-midi pour éviter les faces Est souvent capricieuses à exploiter. Les altitudes que je donne sont les plafonds minimum avec une voile B genre Iota, Mentor 4, Atlas, Rush 4, lkuma, Apollo. Mais on peut très bien envisager ces 100 km avec une voile A, et même avec une voile école faudra juste prévoir des altitudes un peu plus hautes avant chaque transition).

 

Après un décollage du Sire, sur la face sud du massif du Rouaid, on ira survoler la Croix du Nivolet qui surplombe Chambéry, puis on prendra la direction Annecy vers le nord (axe principal de notre vol). Les 15 premiers kilomètres suivent les falaises du Revard, puis celles de Bange, sans transitions significatives. Attention à rester sur le haut des reliefs afin de s’éviter une remontée fastidieuse ! Au bout du massif de Bange, il faudra s’attacher à faire le plafond afin d’assurer la première vraie transition au-dessus du Chéran et du Pont de l’Abime. A minima, il faut partir du sommet de la crête, soit 1450m avec une voile A prévoyez plutôt 1500 ou 1600m). Le point de raccroche se situe sur l’arête qui prend naissance au Pont de l’Abime et remonte jusqu’au sommet du Semnoz. On attend souvent le thermique en faisant du soaring sur l’éperon au début de la crête. La remontée du Semnoz effectuée, notre trajectoire sera plein Est, afin d’aller raccrocher le Roc des Boeufs et le col de la Forclaz. Il sera préférable de faire le plein (au moins 1850m) légèrement au Sud du sommet. La trajectoire sera en direction du château de Duingt puisque la brise du lac d’Annecy (venant du Nord) nous aidera à remonter le Roc. Souvent, par vent de Sud-Ouest, au milieu de la transition une confluence entre la brise du lac et le vent météo nous permet d’avoir une trajectoire très portante, voire montante, et si Ion arrive au Nord de la première ligne du Roc à 1450m, on aura la possibilité de raccrocher directement le pied du col de la Forclaz en traversant le lac. A partir de là, notre trajectoire sera toujours vers le Nord. Nous survolerons le décollage de Montmin après être remonté en dynamique sous le col, puis nous irons jusqu’aux Dents de Lanfont en passant par le Rocher du Roux et le Lanfonet. Aux Lanfont, une longue transition nous attend pour aller jusqu’au Parmelan. Afin d’assurer une raccroche confortable, il sera nécessaire de monter au minimum au-dessus du sommet, si possible à 2000m. Notre trajectoire en « laisse de chien » par la gauche, passera au-dessus du village d’Alex et d’une usine de forme carrée pour rejoindre l’angle du Parmelan, au-dessus du village de Dingy St Clain Cela nous permettra de choisir la face à travailler en fonction de notre altitude d’arrivée. En dessous de 1500m, la brise de vallée venant d’Annecy (remontant la vallée vers Thônes) est souvent très présente. Une fois au sommet des falaises, suivre le relief vers le Nord jusqu’au refuge. Attention au câble qui part du refuge et descend dans la vallée en direction du village de Dingy. Du refuge, continuer vers les chalets de l’Anglettaz et suivre l’arête vers le Nord. Une courte transition au-dessus de Thorens les Glières vous permettra de rejoindre une arête rocheuse qui remonte vers le col de l’Enclave et la montagne de Sous Dine. Rester constamment à la verticale des falaises, jusqu’au sommet puis reprendre la route vers le Nord jusqu’à la pointe d’Andey en passant devant la montagne de Sur Cou. Le vent à cet endroit lèche les reliefs et nous pousse en direction de la vallée de Cluses en rendant les ascendances difficiles à travailler. Le vent de vallée à notre point de raccroche vient de l’ouest et remonte vers Cluses. Pour atteindre le sommet de la pointe d’Andey, il va falloir remonter à saute-mouton les petites arêtes qui font face à la brise.

 

 

TRANSITION

Nous voilà à la plus grande transition du vol. Le point de départ se situe au-dessus du sommet de la pointe d’Andey. En fonction de l’altitude, on choisira notre trajectoire pour aller de l’autre côté de la vallée, à la Pointe d’Orchay. A partir de 2100m c’est jouable, on peut traverser. Au-dessus de 2500m, c’est direct sur la pointe en survolant Marignier. En règle générale, pour rejoindre Orchay, on fait un petit stop par le Môle. On vise le sommet le plus haut, et au fur et à mesure qu’on s’en rapproche, on incurve notre trajectoire vers la droite pour aller remonter dans la combe qui est perpendiculaire au vent de vallée et qui se situe à l’Est du sommet. Une fois au haut des alpages de cette combe, on peut rejoindre la pointe d’Orchay en survolant Marignier. A Orchay, le plein réalisé (1500m minimum), nous prendrons la direction de Mieussy. Remonter de la pointe d’Orchay vers l’Ouest en suivant la ligne de crête, jusqu’à avoir le stade de foot de Mieussy à notre droite et prendre à nouveau plein Nord pour raccrocher les falaises qui remontent jusqu’à la station de Sommand/Praz de Lys. On va utiliser un classique du coin pour rejoindre la Vallée Verte en survolant La Casta, puis Rovagne et Haute Pointe. L’enchaînement est évident. Depuis Haute Pointe, on survolera les alpages vers le Nord en direction de la pointe du Jotty. Dans ce cheminement, on garde le lac de Vallons à notre droite. Arrivé à la pointe, on bifurque à droite pour raccrocher la montagne de Sur La Pointe, au-dessus du hameau de Douai. Faire un petit plein et traverser à nouveau une petite vallée pour raccrocher la face sud de la pointe d’Ireuse. Ce sera notre dernier réel plafond à trouver. Ensuite on va se laisser glisser en gardant sous nos pieds le Billiat, la Grande Pointe des Journées, et filer en direction du bout du lac Léman, en laissant sur notre droite les gorges du Pont du Diable. Un long plané final et un posé dans le secteur de Saint Paul ou Bernex nous assurent les fameux 100 km ! Si la fatigue n’est pas trop présente, quelques petits appuis sur les reliefs à lest du Plateau du Pays de Gavot permettront de rejoindre les falaises surplombant Thollon-les-Mémises et d’aller se poser en Suisse, au bout du lac Léman. Bon vol à tous et surtout Fly Safe !

PS
Je ne suis pas pour donner des traces : trop de pilotes enregistrent les traces dans les instruments de vol, font go back et n’observent plus rien.

Joël Favre

 

 

5 RÈGLES À RESPECTER

  1. Être capable de voler longtemps 100 km, c’est minimum 4 à 5 heures en vol.
  2. Une météo permettant ce créneau de temps.
  3. Des prévisions adaptées à notre niveau, pas nécessaire d’avoir des conditions surpuissances pour faire 100 km !
  4. Une préparation sur la réglementation des zones Survolées (zones aériennes, parc nationaux, réserves, notam…).
  5. Être à l’aise pour un posé improvisé.

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