Cette année la navette affiche complet, et vu les conditions qui nous attendent c’est une excellente nouvelle. Neuf volants, pas de chauffeur ou chauffeuse comme les années précédentes. Même le coffre rallongé déborde… La guitare et une mini voile restent finalement à Grenoble, impossible de tout faire rentrer dans ce Tetris matinal qu’on résoudra chacun notre tour pendant la semaine! Ça ne nous manquera pas beaucoup, on va tellement voler qu’on ne voit même plus à quoi aurait servi le reste.


La semaine…
La prévision est très bonne, on prend la direction du sud pour 1 nuit du côté de Courtet, puis on restera 2 nuits à Saint-Vincent-les-Forts (lac de serre ponçon) avant de finir par 2 nuits à Saint-Julien-en-Champsaur.
Après un lundi maussade, le mardi voit le début des “premières fois” qui vont s’enchaîner toute la semaine même pour ceux qui connaissaient bien les sites. À Courtet: Monter à l’Obiou; à St-Vincent: survoler le Morgon et Dormillouse; aux Richards (Champsaur): s’extraire et crosser ensemble; et pour certains survoler le pic de Bure et faire des transitions qui semblaient hors de portée il y a pas si longtemps.
On va aussi marcher preque tous les jours: vols rando en montant à Rochassac, au Jocou, à Montclar et Orcières.
En vol on est accompagnés de nombreux vautours, planeurs, et même delta et un hélicoptère noir furtif qui a failli nous décoiffer. On trinque à tout ça le soir en regardant les photos de Benoit, on découvre les talents de cuistots hors-pair de certains (et même un resto Belge inattendu): les soirées aussi passent vite.
Parmi les moments mémorables : le magnifique vol de groupe au col du Noyer avec 8 voiles ensemble sur les vingt premiers kilomètres – un aller-retour au nord le long des faces Est austères, puis direction le sud au pic de Charance avant de transiter.


Autre moment, les lumières de Serre-Ponçon au retour de la Tête de l’Estrop ou de l’aiguillette, avec les vues sur le fort de Dormillouse. On était partis de Montclar en rando, un vol de groupe qui finit pour certains par le sommet du Morgon d’où on revient suspendus dans la lumière de fin de journée… avant le plaisir de jouer dans le vent à la repose sans fin, au décollage à Saint Vincent.






Il y aura aussi les moments où des fameux “plans pourris” (dixit Gilou 😉) se transforment en beaux vols. C’est le cas pour ma première au Pic de Bure, d’abord en solo. On avait décollé du Jocou; et après le grand Ferrand, la raccroche au Bure nécessite une demi-heure les pieds dans les cailloux à attendre le bon cycle… raccroche qui a posé Benoit et Flo ce jour-là… par contre la suite du vol est plus facile par le col Bayard, les aiguilles de chabrieres et enfin la magnifique traversée du lac pour poser à Savine après 80km: que des premières pour moi.



Deux jours plus tard, match retour au Bure. Cette fois on arrive jusqu’au sommet à 3 avec Flo et Gérard, un soaring incroyablement doux au-dessus du plateau enneigé – on aurait presque eu envie de s’y poser.
Enfin le dernier jour, la météo nous fait douter: une tendance nord est annoncée le matin, plutôt défavorable pour rentrer des Richards à Grenoble. On tente malgré tout et ça marche bien! Après une extraction collective (9/9) on vole tous ensemble jusqu’au Cuchon de Molines. Simon-Pierre et Gilou, puis Gérard font demi-tour et rentrent au deco récupérer le van; les autres font route vers le Grun de st maurice. Tout le groupe arrive à rester en contact radio en permanence, on se donne des infos et on s’encourage dans les moments de doute. À ND-de-la-salette les passages sous le vent ont finalement raison de la motivation de Benoit, malgré 2 essais, puis de Jo et enfin Fred qui vont chercher une vache en vallée. Après être passé d’un groupe à l’autre en mode patou des airs, Flo va finalement poser lui aussi; on reste 2 avec Alex à poursuivre vers Grenoble. Le Coiro nous réserve un de ces thermiques velus (il est 15h) qu’on lache dès que possible, puis on trouve des plafonds à 3200m dans des ambiances impressionnantes et magnifiques qui nous tournent un peu la tête… du coup on se perd, on rate de peu le Taillefer, et après une (très) longue transition vers Chamrousse on finit posés à Vizille et à l’Arselle… pas loin de l’objectif.



Un mot aussi sur ce qui fait le charme de cette semaine même sans les vols: les gîtes magnifiques sortis du carnet d’adresse de Simon-Pierre, les jeux de société de Jo après les vols, les briefings météo du soir, à l’apéro les récits et les plans pour le lendemain (qui changent avant le coucher et parfois après). Et cette année les cartes de Paraglidable.com couvertes de petits points blancs, maintenant on sait ce que ça veut dire… presque aussi beaux que les vols eux-mêmes.

Bref, pour certains on a fait parmi les plus beaux vols de notre vie, et pour tous une semaine où chacun a accepté de repousser un peu ses limites, mais toujours dans des conditions parfaites (bonne instabilité, pas ou peu de vent, gros plafonds) et avec cette envie de maximiser les vols de groupe. On rentre avec l’impression d’avoir posé les pieds mais la tête est restée en vol.
Quelques liens pour prolonger la semaine:
Les photos de Benoit: https://www.flickr.com/gp/benoita38/AEAGz2uR12
La trace du vol Jocou-Savines: https://syride.fr/fr/pilotes/Fouda/3498151
La semaine itinerante facon « Horde du contre-vent » (Damasio), une fructueuse collaboration entre Joel et Perplexity !


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