Très tard dimanche soir, j’ai proposé sur le Discord une montée à Pravouta, pour décoller vers 11h lundi, et partir direct vers le nord le long des hautes crêtes de Chartreuse. Heureuse surprise, lundi matin à 7h, Jean-Jacques m’appelle pour me dire qu’il est partant. Puis successivement Jean-Pierre et Jean-Marc nous préviennent qu’ils nous rejoindront un peu plus tard. Un autre wagon du club part pour Montlambert, et nous donne rendez-vous au passage là bas.
Montée dans la neige humide. Il en reste une couche épaisse, et par endroits ça enfonce. Les guêtres ont été bien utiles pour garder le pantalon au sec… Mais pas les chaussettes, qui ont été trempées à travers la chaussure. Heureusement, le vent a dégarni le sommet, et on dispose d’une petite zone pour se sécher. (Ceci dit, j’ai eu les pieds gelés toute la journée ! 😉)
Jean-Marc et Jean-Pierre montent dré dans l’pentu pour nous rattraper, et arrivent en même temps au sommet.
Là on retrouve plusieurs autres pilotes qui ont les mêmes plans que nous.

Mais là aussi, déception: Non seulement les décos sud et ouest ne sont pas alimentés par le thermique comme espéré, mais c’est carrément léger cul, de nord, donc indécollable.
On ronge notre frein pendant une heure, en attendant un éventuel démarrage du thermique, alors que de magnifiques cumulus gonflent tout autour, et nous mettent à l’ombre.

Finalement, on se résout à descendre sur le replat 50m au sud du sommet, et on décolle vent de travers gauche, face à la Dent de Crolles. Là, c’est encore très enneigé, mais par chance ça n’enfonce pas trop. On décolle finalement sans trop de difficultés, les uns après les autres, vers midi. On aurait dû faire ça tout de suite, on aurait gagné une heure de vol !
Le thermique de service, qu’on croyait absent, est en fait bien là, au 2/3 de l’arête sud de Pravouta. Il nous remonte sans difficulté bien au dessus du déco. Je l’abandonne vers 2300m, et pars vers le beau cumulus devant la Dent de Crolles. Pas même besoin de s’arrêter dessous: Il suffit d’aller tout droit sous la rue de nuages. Je continue ainsi sans un virage jusqu’au Cirque de Saint Même !


J’enroule un moment dans le secteur des Rochers des Belles Ombres, et rejoins le plafond à 2600m. Jean-Marc est devant, et entame déjà la transition vers les Bauges. Je m’arrange pour passer sous les derniers beaux cumulus à l’est du Granier, mais je ne trouve pas l’ascendance. Tant pis, je suis encore à 2300m, et il y a du sud-ouest qui pousse, ça devrait le faire.


Comme il n’est encore que 13h00, soit 11h00 solaire, la brise de Chambéry n’est pas encore levée. On vise donc les faces est des Bauges. (Ce qui serait dangereusement sous le vent vers 15h!) Autre avantage aujourd’hui: Ça nous évite de rentrer dans la CTR de Chambéry, qui est encore active jusqu’au week-end prochain.

Cerise sur le gâteau, ça monte bien sur la crête, au niveau de la petite falaise sous la voile jaune, sur la photo ci-dessus. Je remonte à 1700, ce qui me permet de rejoindre facilement Montlambert. Jean-Jacques, derrière moi, rate l’ascenseur, et y arrivera beaucoup plus bas.

À Montlambert, on a le plaisir de retrouver tous les CHVDistes qui arrivent justement au plafond, dont Laurent…
Sauf que justement, arriver au plafond est bien difficile, et très désagréable: Je perds une demi-heure à batailler dans de l’air hyper turbulent, au milieu d’une foule de voiles qui galèrent tout autant que nous. Finalement j’atteins le plafond à 2500m au Charvet, et je pars à la poursuite de Jean-Marc et Laurent, qui ont déjà passé la dent d’Arcluse.

Les faces est des Bauges sont sous une belle rue de nuages, comme celles de Chartreuse. Je remonte facilement au nuage à la Dent d’Arcluse, puis il n’y a plus qu’à aller tout droit jusqu’au Parc à Moutons. Mais la grosse différence avec la Chartreuse tout à l’heure, c’est que le long des Bauges c’est hyper turbulent. C’est donc de la ligne droite, mais façon rodéo. Il faut sans arrêt compenser les embardées de la voile. Depuis Montlambert, on est clairement sous le vent d’ouest qui se renforce en altitude. Mais malheureusement ici, pas le droit de passer au vent, à gauche de la ligne de crête, comme en Chartreuse, car à gauche c’est la Réserve des Bauges, interdite de survol à basse altitude.

À la dent de Cons, gros thermique à +6, mais heureusement un peu moins turbulent que précédemment. Ouf, on sort de la zone sous le vent.
Et après la transition par dessus Ugine, le thermique sur le Charvin est encore un peu mieux. (Mais Jean-Jacques, derrière moi, dit qu’il s’y est fait démonter. Comme quoi tout tient à peu de choses: Un placement plus ou moins bon dans la masse d’air change complètement la donne!)

À partir de là, je bascule en face ouest. (Mais toutes les options étaient possibles: Laurent est passé en face est, et Jean-Marc au dessus de la crête!)

Avancée facile jusqu’au col des Aravis. Mais là, devant moi, les nuages se soudent. Laurent et Jean-Marc arrivent à la pointe Percée, mais ils se retrouvent en difficulté dans l’ombre. Ils galéreront longtemps, bas au dessus du Grand Bornand.
Vu qu’il est 15h15, et que j’avais décidé de toute façon de faire demi-tour à 15h30, je décide d’arrêter là, et d’entamer le retour.
Je tourne donc à 90° à gauche, et me dirige vers le Lachat de Thônes. Bien m’en prend: Étant tout le long à la limite de la zone nuageuse, ça porte bien, et j’arrive directement en haut du Lachat.
Jean-Jacques fait lui aussi demi-tour, après le Charvin. Mais lui décide de revenir par le sud: Dent de Cons; Grand Arc; Chamoux; Il finira posé en face de Montlambert.
Pendant un moment, c’est moi qui me retrouve en tête du retour. Je refais le plafond au Lachat de Thônes, puis en arrivant sur le plateau du Parmelan.


Une fois le Parmelan passé, je suis en terrain familier.

Jean-Marc, sorti de son trou au Grand Bornand, me poursuit aux dents de Lanfon. Laurent, lui, continue vers la Suisse. Il finira dans la vallée du Rhône, une dizaine de km après Martigny.
Au sommet des dents de Lanfon, le thermique est violent. Nouvelle séance de rodéo, mais nécessaire pour éviter la zone de stabilité en bas en face: On voit de nombreuses voiles qui galèrent en bas du roc des Boeufs. Et entre deux maux, je préfère encore le rodéo tout seul à la foire d’empoigne dans du tout petit.

Mon pari a payé, et j’arrive à 1380m, au début de la zone où les ascendances commencent à déclencher. Je progresse assez vite, et une fois au sommet du roc des Boeufs, je remonte rapidement au nuage à 2800m, dans une pompe enfin très agréable.
Ça monte même trop bien, et je suis obligé de faire un détour pour ne pas rentrer dans le nuage suivant, dont la base est 200m en dessous.
Trois options à partir de là:
– Soit à gauche par la Dent d’Arcluse, puis le Charvet. Mais je n’ai pas trop envie de retourner sous le vent du massif.
– Soit en face par le Colombier. C’est le plus court… Sauf que c’est tout à l’ombre.
– Soit à droite par le Margériaz. C’est plus long, mais lui est tout au soleil, et c’est lui que je choisis.

Jean-Marc, et un autre CHVDiste parti de Montlambert, et dont j’ai oublié le nom (qu’il me pardonne) me rejoignent au 1er tiers du Margériaz.
Peu après, on tombe sur un thermique de rêve: Du +5 intégré, jusqu’à +7 en pointe, mais tout doux. Il nous remonte tous les trois en un temps record jusqu’au plafond à presque 3000m.
On peut donc shunter le sommet du Margériaz, et couper tout droit au dessus de la station, en direction de la Gallopaz.

Jean-Marc, toujours un peu plus rapide que moi, arrive le premier à la Gallopaz. On ressort tous les deux à 2100.
Une voile finit d’enrouler sur le pic de la Sauge. J’y vais, mais je ne trouve rien.
Du coup, on se jette très bas de l’autre côté de l’Isère, vers les tours de Montmayeur.
Et là, surprise, on retrouve brièvement Jean-Jacques, qui, n’ayant pas pu sortir à Chamoux, tente une manoeuvre désespérée par Montmayeur. Il y arrive malheureusement trop bas, vers 450m, et finira vaché en face de Montlambert. Dans son malheur, il sera récupéré par le CHVDiste inconnu (de moi), qui se pose lui volontairement à Montlambert d’où il était parti, et où l’attendait sa voiture.
Moi j’arrive à 695m devant les tours de Montmayeur. C’est juste, mais ça passe: Le dynamique de brise de Chambéry nous remonte petit à petit. On passe la ligne à haute tension à 900m. Puis en grattant toutes les bulles qui partent des villages, ont arrive à 1000m au bout de la crête.
C’est gagné: On se jette sur Bramefarine, où ça monte tout de suite en dynamique.
Je pars fièrement en tête, en soaring le long de la crête… Sans voir que ce fourbe de Jean-Marc enroule une pompe qui le monte bien au dessus de la crête. Il me double par le haut sans que je m’en aperçoive, et je ne reverrai plus. Il finira posé à Crolles.
Moi, je me fais descendre sévère dans la transition vers le Saint Genis. Je remonte péniblement en dynamique à 950, mais impossible de sortir au sommet; Et donc, impossible de boucler à St Hilaire. Du coup, je gratte tout ce que je peux en dynamique sur les avants reliefs, en avançant vers Le Touvet, histoire de minimiser le stop pour le retour. J’y perds un temps considérable, et Jean-Marc se moque de moi en me faisant remarquer que si je continuais, j’allais finir de nuit ! 😂
Et là, juste après Goncelin, alors qu’effectivement l’ombre de la Chartreuse va me rattraper, un miracle se produit: Une pompe inattendue se déclenche, et me remonte à 1000m. Clairement, il n’y en aura pas d’autre. Je vise La Terrasse, dans le but de poser au bord de la nationale. En effet, je dois rentrer en stop à St Nazaire, avant de monter récupérer ma voiture au carrefour de la route du Baure.
En approche de La Terrasse, je me rends compte que j’ai encore une bonne marge d’altitude. Et la brise de vallée me pousse à 50 km/h bras hauts vers Lumbin. L’espoir renait! Il y a peut-être moyen de boucler au sens de la CFD.
Je me laisse pousser par la brise; Longe Lumbin en repérant tous les champs posables sur ma gauche; Ouiii, ça va le faire à l’atterro delta… Et miracle, je passe aussi l’atterro parapente, fais un large demi-tour, et pose direct. Je n’aurais pas pu faire 100m de plus !
Cerise sur le gâteau, je retrouve là un des jeunes qui étaient partis en même temps que nous de Pravouta, et qui a lui réussi à raccrocher Belledonne au retour.
Au final, Jean-Marc boucle un aller-retour de 182 km (Trace sur XContest);
Moi un aller-retour de 165 km (Trace sur XContest et sur la CFD). C’est la première fois que je boucle le retour après avoir été plus loin qu’Annecy 😊;
Jean-Jacques fait un circuit ouvert d’environ 110km;
Et Jean-Pierre, qu’on n’entendait plus en radio depuis longtemps, boucle un aller-retour de plus de 100km jusqu’au Colombier, retour par Belledonne. (Je n’ai pas les traces de leurs vols, donc je ne sais pas leur longueur exacte.)
Une journée vraiment mémorable ! 😀
Jean-François



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