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L’Olan en douceur

D 10 novembre 2009     H 16:36     A Benjamin, Jac     C 0 messages


Depuis 20 ans que je vole en parapente, j ’ai beaucoup rêvé sur de nouveaux sites de montagne avant de les découvrir à pied ou par air et aile. Pour l’Olan, la petite idée a émergée en juillet 2005, elle a germé tranquillement en parlant à quelques copains qui connaissent bien le massif des Ecrins.

Michel & Jean Pierre

La vallée du Valgaudemar est connue pour sa brise ronflante, mais il y a aussi de grands champs plats accueillant, la face sud de l’Olan ressemble à une grande muraille, mais l’accés par les airs semble assez facile car non loin on accède a des décos en herbes forts sympathiques moyennant une bonne rando.
La réussite tenait en trois mots : " le bon jour " ! Pas de vent, un beau soleil, fin d’été-début d’automne, pas trop d’instabilité.
Il suffisait juste de guetter, être dispo et si possible trouver des compères pour partager l’aventure.

Refuge d’Olan

Mercredi 30 septembre, tous les indices concordent, Michel (qui habite en Oisans) et Jean-Pierre, toujours dispo pour les bons coups m’accompagnent.

Départ de la Chapelle en Valgaudemar à la fraiche vers 9 h. Droit dans la pente Sud, le bon sentier nous hisse calmement jusqu ’au refuge de l’Olan. Pique nique à la terrasse du refuge aussi désert que toute la montagne alentour. Bain de soleil, premières petites barbules sur quelques sommets et de petites bouffes prometteuses.
Marche encore une bonne demi heure, vu le calme, pas la peine de se précipiter. 200 m plus haut sur le sentier menant au pas de l’Olan, juste au dessus d’une butte un petit replat herbeux se déclare notre déco.

Le déco

Habits d’altitude, appareil photo à sa place, 14 h 15 hop c’est parti et ça monte gentiment en introduction. C’est doux, pas trop puissant, attention ne pas louper le thermique qui ouvre la voie ! C’est bon sur l’éperon Sud qui descend du sommet et ça ressemble à une énorme égoïne mal affutée, s’approcher d’accord, mais pas trop. Ah, j’arrive à monter en vertical et je m’éloigne du relief, barbules, bien plus haut, virages moins serrés, ça sent les réjouissances ! Je me retrouve assez haut pour retourner au relief, je reste en Sud, je passe en ouest ? Ces grands a pics acérés rendent humble et prudent, y a pas le feu, je contourne toujours largement, des fois qu’un vilain courant d’air me guette. Non, tout va bien, c’est déjà suffisant de jongler avec les cumulus qui oscillent au niveau des sommets et de shooter quelques photos, Jean-Pierre traine encore au déco et Michel prend son temps en ratissant large. Gagné voilà les trois têtes de l’Olan. Objectif rempli en un peu plus d’une demie heure. J’ai assez trainé entre les barbules, mais la ballade ne fait que commencer. Je file droit sur la cime du Vallon, c’est tout gentil. Mais ou sont passé les neiges d’Antant ? C’est tout sec avec quelques reliques glaciaires.
Un peu plus loin, je tourne vers le col de Chalance et la pointe de la Muande. Michel me rejoint et nous enroulons suffisamment près pour que je réussisse à cliquer au bon moment. Michel monte encore et file vers les Rouies. A force de bricoler avec mon appareil photo, je me retrouve sous la crête puis face à l’immense glacier blanc et plat des Rouies. Tout au fond, la Bérarde et le Carrelet et toujours la face Sud des Ecrins qui nous accompagne.

Michel sur l’arete
Olan

Les belles conditions de la journée permettrait probablement de faire le tour de la vallée au moins jusqu’aux Bans, mais restons modestes, je ne connais pas trop le terrain, Michel est déjà de retour, le parcours réalisé est déjà merveilleux et pour le moment je ne suis pas si haut, Retour contre les falaises. Je suis agréablement surpris par une aérologie paisible et bien organisée,
Je me refais une santé aux même endroits qu’à l’aller, mais ça monte un peu plus. Je traine encore vers le col de Chalance histoire d’assurer les photos. Le lac des Rouies bleu-vert laiteux, les faces Nord saupoudrées, je découvre et je clique. Les noms des sommets, je les chercherai sur la carte avec les photos.

Vallon-Ecrins-Bans

Michel est de nouveau sur l’Olan, mais cette fois les barbules n’encombrent plus le sommet et il domine carrément. Je le rejoins en repassant par l’arête sud. Trop facile !

Vaccivier - Ecrins - Ailefroide

Feu, vers l’Ouest. Après une transition presque trop calme ça remonte pour de bon, je croise Michel qui rentre. Je pousse jusqu’au pic des Souffles. En revenant ça monte de plus en plus , il faut même tenir l’aile énergiquement, c’est fort, mais jamais malsain. Je demande des nouvelles de JP. Il est posé et la brise en bas ne menace pas.

Rouies - Meije - Ecrins
Lac des rouies

Je rentre paisiblement, l’air se réchauffe au fil de la journée. A certain moment j’ai bougé longtemps et énergiquement les mains pour chasser l’onglet. Traversée de la vallée au dessus de la Chapelle en Valgaudemar. Sur la crête du Chapeau, c’est tout doux.

Font Turbat
Desert de Valjouffrey

Je décide d’aller poser, histoire de ne pas trop faire attendre les copains. Mais pour perdre tant d’altitude avec de l’air qui porte si bien, c’est long et il en faut de 360 pour descendre.
Posé comme une fleur juste sur le chemin au milieu du champ dans une brise de 10 à 15 km/h.
Conclusion calme et heureuse à l’image de tout le vol.

Réaliser du premier coup un si beau rêve, c’est encore mieux que je ne l’avais imaginé. J’ai dans ma boite à image de quoi découvrir encore ce coin que je connais à peine et de quoi partager avec ceux qui auraient bien voulu venir, mais qui n’ont pas osé ou pas pu. Mais la prochaine, nous serons plus nombreux et moins novices et le massif a encore tant à nous faire découvrir.

Après mon survol de la Meije en septembre 2006, j’osais à peine espérer reproduire des vols si riches en image et en émotion. Entretemps il y a eu un accident et une remise en cause de ma pratique. Me voilà de retour à l’aventure, mais plus modeste, plus paisible et moins affamé. C’est possible de survoler et de se balader au milieu de sommets spectaculaires sans tutoyer le risque, La pratique du vol rando avec petit cross sur les hauts sommets est très marginale. Elle demande de l’expérience, mais lorsque les conditions sont au rendez-vous, c’est moins dangereux que de faire un St Hil-St Eynard au printemps comme cross initiatique.

Avant de vous quitter, je veux évoquer une pensée pour Jean-Marie Matringe qui a dévissé en ski de rando début 2006. Avec lui, j’ai partagé une belle rando et un beau vol, dans le coin, du col de la Vaurze à Vilard Loubière, un jour de juillet 2005. Je me souviens du grand Apollon (un papillon) qu’il ma fait découvrir. Il m’a aussi raconté son histoire d’amour, de divorce et de retrouvailles avec la montagne. Il avait le sens de la découverte, l’esprit d’analyse et une belle passion de voler et c’est ce jour que la petite idée de survoler l’Olan a décollé.

Jac Samson, 5 novembre 2009