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4 mai 2006, trois massifs vu d’en haut

D 8 juin 2006     H 23:43     A Jac     C 0 messages


4 mai 2006, 3 massifs d’en haut

Depuis que j’ai commencé le parapente (automne 88), j’ai toujours cherché à découvrir des nouveaux espaces de vols, nouvelles montagnes, vols bivouacs, voyages. Mais depuis quelques années, les grands parcours au départ de ma porte deviennent accessibles et exaltants. Agrandir la boucle, découvrir de nouveaux coins, survoler plusieurs massifs ; mais laisser la voiture dormir tranquille, partir à pied, en bus, voler à l’énergie solaire, rentrer en stop si besoin ; dés que la météo annonce une belle journée, je fais l’impossible pour m’émanciper de toutes les obligations quotidiennes.

  • Traversée de Chartreuse, Rachais-Granier et retour, plus de 5 ans pour que le rêve devienne un vol magnifique bouclé le 19 mai 2004.
  • En 2000, mes premières traversées Vercors-Chartreuse au-dessus de Grenoble. Relier plusieurs massifs devient possible.
  • 23 mars 2003, au départ du Serpaton, Jean-Marc, Simon-Pierre et Philou survolent le Mt Aiguille, deux arrivent au Granier, et moi je traverse le Drac en stop pour redécoller de Belledonne et poser le soir tout prés de chez moi.
  • 30 mai 2003, premier départ en cross du Moucherotte avec Thierry Millet, Vol facile jusqu’au Grand Veymont, mais au retour on tombe en panne de soleil. Posé pour moi au fin fond des hauts plateaux Sud (Tiolache), col de l’Arzelier pour Thierry, marche longue et vol du soir pour rentrer au Nord Vercors. Le circuit Vercors-Chartreuse-Belledonne devient notre objectif.
  • 3 avril 2005, transition presque réussie Charteuse-Belledonne, j’atterris à Theys.
  • 2005 : 6 tentatives du Moucherotte ; 2 un peu trop courtes, 18 juin et 31 août, posé à Varces ; 4 avec des bons bouts de Vercors et Chartreuse : 28 avril, 25 juin, 14 juillet, 9 août. 88 km au mieux. Il manque toujours Belledonne.
  • Début 2006, une furieuse envie de réussir, je lance l’invitation à tous les amateurs du club. 9 réponses.

PARCOURS MAGNIFIQUE, LONG, POSSIBLE :

Survoler les trois massifs entourant ma ville, partir sans souci d’organisation, à plusieurs ou seul, suivre toute la journée des faces ensoleillées, rentrer presque à la maison en volant, ce circuit est idéal, beau, varié. Motivé à fond, le plus difficile est de se rendre disponible et prêt physiquement et moralement pour les quelques journées de l’année où les conditions météos seront favorables. Le défi est ambitieux, il faudra peut-être plusieurs années avant de réussir.

UNE JOURNEE EXCEPTIONNELLE

Météo attendue : mercredi 3 et jeudi 4 mai, tendance anticyclonique de printemps avec perturbation attendue pour vendredi, voile de nuages élevés le mercredi, instabilité, vent faible sud. Je me libère pour jeudi, j’ai souvent constaté par expérience que les meilleures journées étaient les dernières, juste avant la perturbation. Les messages de projets de vol fusent, encore un bon indice.

Arnaud LEFEVRE, Jean-Pierre LINTIGNAC, Fabrice VINCENT et moi, nous montons sans problème en stop à partir de la vallée, arrivée à St Nizier à 9 h au plus tard. Montée en petite vitesse pour s’économiser, avec des sacs de crosseurs (14 à 20 k).
Arrivée vers 11 h au décollage, ciel bien bleu, juste quelques barbules bien hautes sur des reliefs intérieurs du Vercors, les traces d’avion dans le ciel n’ont pas bougé depuis le matin. Les bouffes naissantes de brise de face nous appellent. 11 h 30, j’ouvre. A peine contournée l’arête par le nord, ça grimpe sans état d’âme.

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Arnaud au dessus du Moucherotte, au départ

Je patiente quelques minutes pour attendre les copains, le Mont Aiguille est loin, mais déjà proche. Jean-Pierre décolle en dernier, une petite demi-heure après, je ne le verrai pas de la journée.

C’est l’ambiance des grands jours, voile qui tangue, bruit vif des variations de la vitesse air, un petit temps pour s’acclimater, mais pas de conditions malsaines. Tout le vol jusqu’en Belledonne se fera sans redescendre sous les crêtes. Arnaud a filé dés le départ et vole en tête. Pas de cumulus trop développés à l’horizon, prise d’altitude avant les Deux sœurs ce qui permet de filer au sud sans détour.

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vers le Grand Veymont

Environ 5 km avant le Grand Veymont, je croise Arnaud qui revient et comme par miracle, je ne sens plus de vent de sud et les plafonds montent d’un coup en même temps que je me rapproche du toit du Vercors. Sans altimètre, je ne peux vous donner de chiffre, mais je vois de mieux en mieux la pelouse du Mont Aiguille qui penche pourtant vers le sud.

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13 h 10, Grand Veymont, Mt Aiguille

Je fais le crochet jusqu’ à l’Aiguillette du Veymont et ½ tour pour assurer la suite du vol.

Retour stratosphérique. Les planeurs filent en tous sens, à des altitudes variées. Pendant que Fabrice fait les oreilles environ 1 km à l’ouest de la crête, 2 ou 300 m plus bas que moi,

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13 h 20 retour vers les 2 soeurs

je jongle aux nuages au sud des 2 sœurs. Ambiance aérienne, barbules sur les cotés ou formant dessous, mes jambes qui appuient sur l’accélérateur tremblent, ça caille. Je ne connais pas mon altitude, Fabrice me dira 10 jours plus tard qu’il était à 3200 m. Vue sur les Grandes Rousses, au loin l’Oisans, le Mont Blanc,

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13 h 40 crètes du gerbier, Vercors, Charteuse, Belledonne, Mt Blanc

parfois ça brasse bien, mais il y a des périodes calmes.
Ma Boréa H2 me laisse le loisir de lâcher les commandes même quand c’est fort pour ne pas louper des photos pour lesquelles je ne risque pas de retrouver de si tôt de telles altitudes. Sans commande, elle bouge, tangue, mais se rééquilibre d’elle-même. Du Cornafion au Moucherotte, peu d’ascendance, mais je suis tellement haut que j’arrive au moins 200 m au-dessus du sommet, quelques tours et revoilà les cumulus qui me permettent de monter encore, plus d’un km après le début de la transition.
Traversée au-dessus de Grenoble, le passage le plus cool du vol, j’observe ma ville, je me détends et j’apprécie la remontée de température.
14 h 30, arrivé au Rachais vers 1400-1500 m, les ascendances en Sud-ouest sont modérées et assez bien organisées. 5 minutes pour cheminer le long de la crête en enroulant de temps en temps, me voilà à 1700-1800 m, je file sur l’Ecoutoux. A l’aplomb du sommet, pas de thermique significatif, je continue ma route vers Chamechaude, sans m’arrêter et c’est environ 1 km après que je trouve une bonne ascendance qui me permet d’aborder Chamechaude à une altitude respectable.

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14 h 45, de l’Ecoutoux à Chamechaude

Surprise, pas d’ascenseur sur le pilier sud de Chamechaude. Arnaud tourne autour sur toutes les faces sans s’extraire franchement. Il est encore tôt, je m’avance sur les faces Sud-est, ça donne, un petit coup en ouest puis au-dessus du sommet en Nord-Est. Les thermiques sont étroits et forts. Fabrice me dira plus tard qu’il a consommé dans le secteur beaucoup d’énergie. Je me sens chez moi, je m’applique à bien rester dans les thermiques, pour éviter les cisaillements d’air. En 5 minutes, me voilà au plafond, je file vers La Dent de Crolles avec une petite courbe au dessus de Pravouta pour attraper une superbe ascendance. De la Dent au col de Bellefond, altitude très confortable. Je chevauche les Lances de Malissard, un peu à l’ombre, mais le soleil est là en face Sud-ouest de St Même. 16 h me voilà au Granier, un coup d’oeil à la face Nord. Fabrice et Arnaud arrivent peu après moi. Je pourrai tenter le Mont Joigny plus au Nord, mais l’objectif c’est le retour par Belledonne. ½ tour , je cherche à monter au maximum pour traverser le Grésivaudan.

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16 h retour du Granier vers St Même

Avant la transition sur le St Genix, j’apprends qu’Arnaud file sur les Bauges. Fabrice me dit qu’il commence à être crevé, il préfère rentrer par la chartreuse.
J’arrive environ à 150 m au-dessus du St Genix. Montée douce et progressive, je me décale petit à petit en direction du col du Barioz, puis l’arête menant au Crêt du poulet. Ça grimpe doucement, sans souci

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arrivée sur Belledonne

 ; mais en m’avançant vers Prapoutel, je me fais descendre. Thierry Chiche m’indique à la radio qu’il a fait tout le vol de Prapoutel à Chamrousse sous le vent. Je vois des cumulus légèrement poussés par du vent d’Est, Je décide alors de m’écarter pour passer carrément devant, mais je ne trouve pas grand-chose. Au Jas du Lièvre, je zone sans trouver de thermiques organisés. Je rejoins les avant reliefs. Pas d’ascendances suffisantes pour retourner aux crêtes. Légèrement poussé par une petite brise de nord je tire au plus loin possible. Je repère bien l’aéroport du Versoud et je me tiens bien coté Belledonne pour ne pas gêner les avions et je finis par atterrir dans un champ à coté du rond-point entre le Versoud et Domène, juste à coté de l’entrepôt d’engins de chantier Payant. Il est 17 h 45, j’ai presque réalisé le vol dont je rêve depuis presque trois ans, il manquait 10 km pour arriver au parc du lycée du Grésivaudan.
Pliage, 150 m à pied, un arrêt de bus, le car arrive et me dépose à la gare, d’où je rejoins la place St Bruno et mon vélo laissé chez Arnaud.
Au téléphone Arnaud m’apprend qu’il a posé vers le col des Aravis ; Fabrice après un retour bien haut sur Chartreuse a posé à Tavernolles. Jean-Pierre fait encore mieux en atterrissant à Jarrie après un retour sur les arêtes de Belledonne.

Matériel utilisé :
· Aile Boréa légère, H2, S, 23 m², MCC.
· Sellette altiplume airbag + secours ventral.
· Radio TH 22, sans micro.
· Vario Solario solaire, uniquement sonore, utilisé pour la première fois sur un grand vol. Merci les copains de m’avoir offert cet accessoire pour mes 50 ans. Je n’aurai jamais acheté un vario de moi-même et je dois reconnaître qu’il m’a aidé quand j’étais bien haut.
· Appareil photo, canon ixus 700, avec une pochette que j’ai bricolée pour l’avoir bien accessible ;
· Eau courante, pipette platypus ; à manger : fruits secs.
· Casquette + Casque léger.
· Des polaires, coupe-vent, bons gants, j’ai regretté de n’avoir pas enfilé le pantalon coupe-vent.

PERSPECTIVES : Avant de me lancer sur d’autres parcours, j’ai envie de refaire celui-là jusqu’au bout. La première fois, c’est un peu une course, je suppose qu’avec l’expérience de cette dernière tentative, je pourrai être un peu plus serein pour apprécier un peu plus à chaque fois. Je manque de bouteille sur Belledonne, lorsque je ne dispose que de l’après-midi, je peux m’entraîner en supprimant la partie du matin sur le Vercors. C’est aussi possible d’agrandir encore un peu, au sud, jusqu’au Mt Aiguille, au nord jusqu’au Mt Joigny.

Un grand merci à tous les copains qui m’ont aidé par leurs conseils et leurs encouragements et une pensée spéciale pour Jean-Marie Matringe, un montagnard volant attachant, spécialiste de Belledonne qui a perdu la vie le dimanche 30 avril sur une pente glacée à la Lance de Domène en ski de rando.

Bilan : 6 h 15’ de vol, 136 km avec 2 points de contournements

Jac Samson, mai 2006